Rattrapage de deux films visibles dans les salles et vus au Festival la Rochelle CinĂ©ma: Peter Von Kant, nouvel hommage Ă Rainer W. Fassbinder par le rĂ©alisateur de Gouttes d’eau sur pierres brĂ»lantes & Ennio, ultime hommage de Giuseppe Tornatore au maestro italien.
Peter Von Kant, cĂ©lèbre rĂ©alisateur Ă succès, habite avec son assistant Karl, qu’il se plaĂ®t Ă maltraiter. Grâce Ă la grande actrice Sidonie (Isabelle Adjani), il rencontre et s’éprend d’Amir (Khalil Ben Gharbia), un jeune homme d’origine modeste. Il lui propose de partager son appartement et de l’aider Ă se lancer dans le cinĂ©ma… Pour une fois, on ne saurait reprocher aux distributeurs d’abuser notre confiance avec du matĂ©riel promotionnel frelatĂ©: si vous avez trouvĂ© la bande-annonce de ce film douteuse, sachez qu’elle est totalement fidèle Ă l’esprit de cette nouvelle livraison du père Ozon, qui signe probablement lĂ le film le plus wanna-be-chaos pas-chaos-pour-un-sou de l’histoire du cinĂ©ma. On se demande bien ce que nos confrères ont pu trouver Ă cette relecture formica-goguenarde activant tous les leviers d’un cinĂ©ma fĂ©tichiste ne pouvant rien faire d’autre qu’accumuler les signes balourds (Nicolas Bedos, is that you???) et qui aura peinĂ© Ă nous dĂ©cocher le moindre sourire tout le long de ces 80 minutes bien pĂ©nibles. Imaginez deux minutes un mĂ©lo de Douglas Sirk (ou de maĂ®tre Rainer, puisque c’est de lui dont il est question ici) jouĂ© par le casting de Foon et dĂ©livrĂ© avec l’ironie crasse d’humoristes Canal pendant la soirĂ©e des CĂ©sar: sans le petit label Ozon devant, toute la presse avisĂ©e du pays crierait (lĂ©gitimement) au scandale et demanderait Ă ce que l’homme qui a commis cette chose soit Ă©cartelĂ© place de l’HĂ´tel-de-Ville dans les plus brefs dĂ©lais. MĂŞme Denis MĂ©nochet, qu’on adore, rĂ©ussit Ă ĂŞtre irritant ici… On a longtemps dĂ©fendu Ozon et son art chabrolien d’accumuler les bobines sans trop se prendre au sĂ©rieux: maintenant que son cinĂ©ma est aussi vain que prĂ©tentieux, on ne fera plus le dĂ©placement lors de ses prochaines tentatives, que mĂŞme les tarifs de la FĂŞte du cinĂ©ma ne suffisent plus Ă rendre aimables…
Si vous avez 2h30 de dispo ce mercredi, allez plutĂ´t voir Ennio, bible documentaire sur le plus illustre de vos compositeurs fĂ©tiches, rĂ©alisĂ© par le revenant Giuseppe Tornatore. Comme l’a justement balancĂ© Xavier Hirigoyen du Pacte juste avant la sĂ©ance au FEMA de la Rochelle: “Ce film a un problème, c’est qu’en sortant de la salle vous allez avoir pendant 10 jours l’une des chansons du maĂ®tre dans la tĂŞte”! Outre le fait qu’il s’agit du plus grand compositeur de musique de film de tous les temps et qu’on n’a pas 36 autres exemples de personnage-musĂ©e dont l’œuvre a infusĂ© sur les 5 continents durant un demi-siècle, l’avantage de ce documentaire est de revenir sur les dĂ©buts de lĂ©gende, quand Ennio devient l’arrangeur numĂ©ro un du pays avec son complice Bruno Nicolai (les annĂ©es RaĂŻ et RCA) en rendant la variĂ©toche italienne moins impersonnelle que celle des pays voisins, ou qu’il expĂ©rimente, tel un Pierre Schaeffer rigatoni, la musique concrète avec ses amis du Nuova Consonanza (qui tuèrent toute notion de mĂ©lodie et qui Ă©taient capables de vous pondre un concert avec n’importe quel objet traĂ®nant au fond de votre placard). L’influence de son père spirituel et professeur Goffredo Petrassi, pour qui la musique de film est une sorte d’affront posĂ© aux Arts officiels (vous savez qu’Ennio a mis du temps Ă s’acheter une lĂ©gitimitĂ© auprès de ses pairs), est Ă©galement bien restituĂ©e. Avec plĂ©thore d’images d’archives transalpines Ă l’appui, on voit donc ce compositeur Ă la voix de crĂ©celle devenir une sorte d’auto-phĂ©nomène culturel dans l’Italie du boom, et ce, avant mĂŞme la rencontre avec Sergio Leone, ce qui donne un peu une idĂ©e du statut totalement dĂ©ment du monsieur, qui n’aura (spoiler alert) pas d’équivalent Ă sa hauteur dans l’histoire Ă venir. Plus de 70 cinĂ©astes, musiciens, compositeurs se succèdent pour venir parler du legs d’Ennio Ă la culture mondiale, et si on peut regretter certains Ă©pisodes un peu hâtivement traitĂ©s (on y voit ni la carrière française du maestro, ni certains titres d’anthologie, comme la soundtrack du Venin de la Peur), voilĂ un opus indispensable pour nos fidèles lecteurs qui aura aussi le mĂ©rite de parler aux non-initiĂ©s (prouesse qu’avait dĂ©jĂ rĂ©ussi le doc sur Roger Corman). Et dire qu’un premier montage de six heures circule quelque part dans les bureaux du Pacte! G.R.
