[CRITIQUE] PENTAGON PAPERS de Steven Spielberg

Il faut sauver le journalisme. Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham (Meryl Streep) s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

Parler du passé pour parler du présent. Inutile de chercher midi à quatorze heures: Pentagon Papers, qui raconte la publication par le célèbre Washington Post des documents révélant les mensonges de l’administration américaine sur l’implication des États-Unis au Vietnam, est un éloge du quatrième pouvoir et plus précisément du journalisme d’investigation en période de crise. Sans le moindre effet de style, Spielberg raconte avec beaucoup de sobriété – pour ne pas dire «trop» – la décision de Katharine Graham de publier ces Pentagon Papers, un choix qui aurait pu avoir des conséquences néfastes pour son journal, propriété historique de sa famille et dont elle était à la tête depuis le suicide de son mari Phil, huit ans auparavant. Pas de réel suspense puisque l’on connait l’histoire à l’avance. Renouant avec la veine du Pont des espions (2015) et prenant le parti-pris de consacrer l’enjeu au Washington Post et non au New York Times qui a sorti le scoop en premier, Spielberg se repose sur la simple force du film politique et journalistique: les scènes d’avant et d’après la capitale décision (faut-il ou non publier le scoop?) sont exécutées avec un habituel savoir-faire, un casting de stars, une reconstitution ripolinée. Spielberg renoue avec le genre film-dossier. Et tant pis pour le côté «Pentagon Papers pour les nuls», le didactisme forcené et la mise en scène ne visant qu’à l’efficacité immédiate.
A une époque où Donald Trump multiplie les attaques contre la presse, assimilant les médias populaires à des pourvoyeurs de «fake news», Spielberg prend le prétexte historique (une prise de risque monumentale et la chute d’un système) pour soutenir la nécessité de (bien) s’informer en 2018. Renoue incidemment avec le cinéma américain profondément engagé des années 70 – qu’il a évidemment bien connu – avec la maturité idoine (loin du savant divertisseur des Dents de la mer). Ravive une conscience politique dans une Amérique toujours sonnée par l’élection de Trump et affligée par ses tweets lapidaires et toxiques. Et enfin porte au pinacle les médias courageux, cet indispensable quatrième pouvoir, ayant permis la publication des Pentagon Papers, ayant révélé par la suite le Watergate. Un scandale largement développé dans Les Hommes du président (Alan Pakula, 1976), où Robert Redford et Dustin Hoffman, dans les rôles des journalistes du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein, faisaient tomber le président Richard Nixon. Le plan final, en plus d’être élégamment composé, a beau dater du passé, il redonne foi en l’avenir, s’adressant aux spectateurs actuels et aux tigres de papier: c’est à vous, maintenant.

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Date de sortie 24 janvier 2018 (1h 55min) / De Steven Spielberg / Avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson / Genres Drame, Thriller / Nationalité américain[CRITIQUE] PENTAGON PAPERS de Steven Spielberg
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