Avant de partir en vacances, Gautier vous conseille deux longs métrages qui sortent en salles cet été et méritent toute votre attention: Paula d’Angela Ottobah et Les Damnés ne pleurent pas de Fyzal Boulifa.
On commence avec Paula d’Angela Ottobah, dont voici le premier long-métrage après plusieurs courts et documentaires marqués par la philosophie et l’ethnologie. Paula (Aline Helan-Boudon) a 11 ans. L’école l’ennuie et elle n’a qu’un seul ami, Achille (Salomon Diallo). Son père (Finnegan Oldfield) lui fait une surprise: ils vont passer l’été dans la maison de ses rêves au bord d’un lac. Mais, le temps file, l’automne approche et ils ne rentrent toujours pas…
Paula a l’heureuse idée de nous montrer un ménage où tout paraît dysfonctionnel (un père sous médocs très possessif envers sa fille, une mère – jouée par Annabelle Lengronne (Un petit frère) – uniquement joignable par Skype pour cause d’incartade professionnelle en Corée) mais où on se sent dans un premier temps à la fraîche, acheminant à nos narines ce doux air corrézien que tous les juillettistes de la planète nous envient. Malgré son jeune âge, la petite Paula a l’habitude de prendre le large et de s’offrir des petites virées nocturnes: sur sa route se dressera un inquiétant personnage joué par un Océan dreadlocké et binouzé comme jamais, premier élément ogresque de ce surprenant conte de fées (nous sommes à la fois chez Hansel et Gretel et dans La Nuit du chasseur) qui multipliera les fausses pistes et les gazons maudits mis en musique par notre chère Rebeka Warrior! On ne veut vraiment pas trop vous en dire plus sur ce premier film oppressant – avec plein d’éléments de déco en plastique éclairés à une lumière néon verte qui file le bourdon – qu’il vous faudra découvrir en salles à compter du 19 juillet.
Une semaine après (le 26 donc), place aux Damnés ne pleurent pas de Fyzal Boulifa, un deuxième long-métrage qui va lui aussi puiser dans une matière semi-autobiographique. De quoi ça cause? Fatima-Zahra, une mama marocaine exubérante, traîne son fils de 17 ans, Selim, de ville en ville, fuyant les scandales qui éclatent sur sa route. Quand Selim découvre la vérité sur leur passé – des secrets enfouis autour de son paternel – Fatima-Zahra lui promet un nouveau départ. Ils arrivent alors à Tanger, où de nouvelles rencontres leur donnent l’espoir d’atteindre la légitimité qu’ils recherchent tant. Mais, ces aspirations menacent la relation fusionnelle qui les lie depuis toujours… Il n’aura pas échappé aux cinéphiles boulimiques présents sur ce site que ce titre est aussi celui d’un mélo aux accents noiresques avec Joan Crawford réalisé par l’artisan-honnête-mais-sans-génie Vincent Sherman en 1950 (ça s’appelle L’Esclave du gang en français) et ce n’est évidemment pas un hasard: le cinéaste anglo-marocain a puisé dans d’élégantes couleurs sirkiennes et une accentuation sentimentale pour son propre film, qui raconte en fait, comme le Paula précédemment cité, l’histoire d’une famille qui n’arrive pas à s’aimer. Les Damnés ne pleurent pas est aussi fait d’une humeur italienne, avec des personnages en quête d’émancipation que la fatalité – et la conscience de classe! – viendront immanquablement rattraper: on ne s’étonnera pas de voir le Mamma Roma (1962) de Pier Paolo cité comme principal référence, d’autant que le film est, lui aussi, affaire de souteneur et d’initiation sexuelle illicite contrariée (on y croise un étrange et ambigu Antoine Reinartz au milieu du film). Le tout dans une société marocaine où la honte et le déshonneur ne sont vraiment pas que des éléments du décor: c’est un peu le Japon de l’Afrique – ou la Corse! – si l’on peut s’autoriser cette sortie empreinte de colonialisme new age… Les Damnés ne pleurent pas, Les Blancs ne savent pas sauter, The Dead don’t die, Le facteur sonne toujours deux fois… Et les puristes soutiennent la salle! G.R.
