La bonne question de la semaine: comment «niquer des heures» pour passer le temps?Benjamin, un jeune étudiant en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) arrive dans un centre de rééducation, paralysé après un mauvais plongeon dans une piscine. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre.
Un film sur des patients qui apprennent la patience. Que faire quand on est coincé dans un centre de rééducation, qu’on ne connaît personne et qu’on a envie d’éteindre la lumière du jour? Eh bien, on fait ce qu’on peut… On mate la télévision… On écoute en boucle les mêmes morceaux… On subit les mêmes rituels tannants… Et, surtout, on fait des rencontres. On se fait des potes et, peut-être, on s’autorise à aimer même lorsque tout semble foutu. Ou pas. Patients ne raconte que ça: par la patience, au contact des autres, on guérit. C’est tellement simple, tellement évident et, quelque part, tellement con que ça pourrait ouvrir le robinet des aphorismes et de l’angélisme cui-cui; heureusement, c’est tout l’inverse qui se produit ici et ce dans le quotidien le plus trivial d’un centre de rééducation où chacun ressemble un peu à un éclopé de guerre. Des personnages comme vous et moi qui résistent comme ils peuvent à la tentation du bonheur (sous prétexte qu’ils n’y auraient pas droit). Qui vivent, qui vannent, qui rient, qui pleurent, qui déraillent. Qui, mine de rien, nous emportent vers leurs vies.
Ce Patients, que le slameur a coréalisé avec Medhi Idir (réalisateur de ses clips), adapté d’un livre éponyme publié en 2012 dans lequel il racontait son combat pour retrouver l’usage de ses bras et de ses jambes, vaut mieux que tous les préjugés que vous pourriez formuler à son endroit. Et pour une surprise, c’est une vraie bonne surprise. Parce qu’on y a peur de tout et qu’en fait, il ne faut avoir peur de rien. Pas même d’avouer que GCM (Fabien Marsaud de son vrai nom) échappe à l’écueil a fortiori rédhibitoire de l’autobio complaisante et que, de la première à la dernière minute, tout est juste. Le rire, la vitupération, le regard tendre et la mine stupéfaite de son double de Pablo Pauly sont plus vrais que nature. Il est excellent. Au-delà de tout, l’enjeu de Patients, sa force et sa pression centripètes, c’est de questionner l’individu au sein du groupe, et même de plusieurs groupes. Notre fraternité s’accroit à chaque minute pour chaque personnage, d’où qu’il vienne, où qu’il parte – chaque acteur donnant au récit sa résonance de vérité, celle d’un ennui post-ado à l’aube des années 2000, sans Internet juste avec M6 comme balise.
Parfois il y a des longueurs. Mais on ne sait pas vraiment où, parce que ce sont des longueurs justes: celle de la vie, de l’amour en quête de soi. Du coup, jurons-le aux jeunes gens: voir ce film, c’est gagner du temps. Ce film est un premier pas, de géant, non pas vers Mars mais vers le cœur des gens.

