Dans Paradis: Foi, second volet de la trilogie qui sort mercredi en salles, une autre solitude: Anna Maria, une femme d’une cinquantaine d’années qui a décidé de consacrer ses vacances d’été à prêcher l’amour du Christ et qui, accompagnée de la statue de la Vierge, sillonne son voisinage. Lorsqu’après des années d’absence, son mari, musulman, revient d’Egypte, elle sombre dans la démence…
Après la sugar-mama du premier volet qui s’évadait au Kenya, Ulrich Seidl brosse le portrait d’une voisine, bigote SM et filme… la guerre des religions dans une maison. Pour ce faire, il oppose l’héroïne zinzin militant pour le retour d’une Autriche catho et faisant du porte-à-porte avec des statuettes de la Sainte-Vierge pour propager la sainte parole et le mari musulman paralysé. Deux personnages confrontés aux haines de l’époque : haine du corps, haine des autres, haine de soi. Le plus fort, c’est que Seidl conserve la dimension épique des affrontements, comme dans un film de guerre : le salon ressemble à un champ de bataille, les escaliers à un passage secret, chaque déplacement du mari handicapé sans sa chaise devient une épreuve et, surtout, chaque pérégrination de l’héroïne ressemble à un chemin de croix, convaincue que le monde extérieur a sombré depuis longtemps dans le stupre. Bouleversant toutes les certitudes de savoir, Seidl va à l’encontre de la tendance très actuelle aux raccourcis, aux archétypes et aux préjugés pour donner à voir et à penser différemment des rapports humains complexes (homme/femme, catholique/musulman, sado/maso).

