[CRITIQUE] ORANGES SANGUINES de Jean-Christophe Meurisse

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Au même moment en France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de rock, un ministre est soupçonné de fraude fiscale, une jeune adolescente rencontre un détraqué sexuel. Une longue nuit va commencer. Les chiens sont lâchés.

POUR PAR JEREMIE MARCHETTI ★★★★
D’abord, il y a une introduction comme une fusée sur du Eddie Cochran où on se dit, et surtout si on avait déjà vu le Apnée du précédent Meurisse, qu’on aura probablement un feel good movie avec un peu de piment au dessus. On rit, ça pique un grand coup, et puis on passe à autre chose. Il y a un ministre magouilleur (best-of de Macron, Edouard Philippe et sans doute d’autres encore), des retraités qui dansent le rock, une ado farouche, un avocat blasé. Reste à savoir ce qui les lie et où et quand ça va déraper. Entre les délibérations interminables d’un jury hystérique, une séance de photo mémorable, un Denis Podalydes onctueux et insaisissable, une Blanche Gardin toute en atrocité leste… on rit beaucoup, ça c’est certain. Et puis, soudain la nuit tombe, la température chute, et les monstres sortent. Nul doute qu’à partir de là, Oranges Sanguines va vite faire le tri dans son public. Sa scène pivot et (déjà) polémique soulève en tout cas de nombreuses interrogations: pourquoi tant de complaisance dans une scène de violence sexuelle? Pourquoi une incarnation du mal efféminée comme à Hollywood (bien que le cv de son comédien barjo Fred Blin apporte quelques lumières…)? Y a t-il une volonté de faire rire là-dedans, comme l’attestaient quelques rires étranglés dans la salle, ou doit-on y déceler une idéologie en sous-marin dès plus douteuse? La suite, elle, est plutôt du genre à panser les plaies avec de l’alcool à 90°. Seulement voilà, non content de mettre une forme de morale dans l’immoralité, Oranges Sanguines passe du rouge au vert de manière parfois déconcertante, sinon brillante, riant de l’immontrable, tout en évitant la distance achtung achtung. Et dit surtout quelque chose du mood français actuel, pour le pire et le pour le pire. Un peu comme si les strips gras et méchants de Reiser et Vuillemin tapaient l’épaule d’un Lars Von Trier. Autant dire qu’on ne croise pas un ride comme ça tous les jours… J.M.

CONTRE PAR MORGAN BIZET
Jean-Christophe Meurisse a un problème avec l’humanité. Je n’avais pas vu Apnée, je n’étais pas familier avec la troupe de théâtre des Chiens de Navarre, mais Oranges Sanguines, son deuxième long-métrage, transpire la misanthropie. Un trait qu’il partage avec Ulrich Seidl ou Ruben Östlund, des cinéastes dont il emprunte la forme «en saynètes» de certains des films (les Paradis pour l’Autrichien, The Square pour le Suédois). Avec Oranges Sanguines, Meurisse tape sur la France de Macron: réforme des retraites, politiques véreux, méfiance envers la justice et les forces de l’ordre, climat social explosif, etc. Le film déroule dans un premier temps une succession de sketches souvent risibles, jouant efficacement la carte de la farce et de la satire. A l’heure de film, une citation d’Antonio Gramsci apparait à l’écran («Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres»), prophétisant alors un basculement dans la noirceur et l’horreur. Deux scènes de viol s’enchainent, un couple de retraités endettés se suicident, un avocat corrompu et misogyne se fait passer à tabac et pisser dessus en pleine rue. Tout ce petit monde doit payer et souffrir. Meurisse ne se contente pas d’humilier seulement ses personnages, il crache également à la face de ses spectateurs. Le rire des débuts se confond avec le malaise et la stupeur. Peut-on encore continuer à rire devant le viol de cet infâme ministre qu’on a aimé haïr pendant une heure? La réponse est non, mais c’est évidemment plus complexe en acte. Meurisse, lui, ricane dans son coin. Il a gagné, tout le monde est pourri, sauf lui, bien entendu. A vomir. M.B.

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