[CRITIQUE] ONLY LOVERS LEFT ALIVE de Jim Jarmusch

« Only Lovers Left Alive » a été l’avant-dernier film présenté en compétition au 66e Festival de Cannes, juste avant « La Venus à la fourrure » de Roman Polanski. Une place malaisée qui n’a pas empêché les festivaliers les plus téméraires et les plus aventureux de succomber à un film aussi beau qu’original : Jim Jarmusch, réalisateur zen de « Ghost Dog » et « Broken Flowers », qui s’essaye au film de genre (le film de vampires, à la mode ces dernières années) et qui, on s’en doute, n’œuvrera pas dans le succédané de « Twilight ». Sur le papier, le résultat est aussi intrigant que les expériences sanguinolentes et arty d’Abel Ferrara dans les années 90 (« The Addiction », son film de vampires). Et dès les premières images, impossible de ne pas reconnaître la patte inimitable de Jim Jarmusch, cinéaste que l’on avait un peu paumé avec son labyrinthique et prétentieux « The Limits of Controls ».

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam (Tom Hiddleston), un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve (Tilda Swinton), son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Sans doute parce qu’il s’affranchit du temps et de l’espace, Jarmusch convoque les conventions du film de vampires pour isoler, amplifier ses figures préférées, raconter ce qui lui plaît dans le mythe (les glaces au sang, la solitude, le romantisme). Et donc de raconter la plus folle et la plus grande des histoires d’amour : Tilda Swinton et Tom Hiddleston, deux acteurs sans âge, dont les personnages aiment à se moquer des mythes et ne sont pas devenus exsangues au gré des époques – en dépit du teint pâle et du monde qui va mal. En découle forcément une poésie hallucinante : poésie dans les couleurs et l’addition des contraires, poésie des lieux (la manière dont Jarmusch filme Detroit la nuit) et donc poésie industrielle, poésie lunaire dès lors que l’on se réfère aux étoiles, aux reines blanches et aux diamants qui brillent dans la nuit. C’est dans cette mélancolie-là, très gothique et très romantique, que réside la beauté foudroyante de ce film où le temps passe si lentement (la vie éternelle des vampires passe forcément au ralenti) qu’il donne au spectateur l’impression d’être sous hypnose ou somnambulique.
« Only Lovers Left Alive » s’impose aussi et surtout un film de voyages immobiles, comme le chantait Daho, où les nuits sont plus belles que les jours, où les samedis soirs sont voués à la contemplation du monde à l’heure où d’autres, insouciants, font la fête, où les voyages de la vie réservent toujours des surprises et des territoires à explorer (toute la dernière partie est assez sublime). Un film qui – et c’est important – donne envie d’aimer ou alors de retomber amoureux, de s’émerveiller du monde et des autres, de rire des choses les plus sérieuses et de vivre. Beau programme, non ?

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