[CRITIQUE] ONLY GOD FORGIVES de Nicolas Winding Refn

À Bangkok, Julian (Ryan Gosling), qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère (Kristin Scott Thomas), chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics…

Le réalisateur Danois Nicolas Winding Refn a pu réaliser Only God Forgives grâce au succès inattendu de Drive, son précédent long métrage, seconde expérience aux Etats-Unis après Inside Job, qui était non seulement un film de commande qu’il a transcendée avec son inspiration folle mais aussi son grand succès à ce jour, avant d’être estampillé culte via la sortie Blu-Ray/DVD et la bande-son de Kavinsky. La rencontre fusionnelle avec Ryan Gosling, qu’il érotise à chaque plan, et le soutien de ce dernier lui ont permis de monter ce projet de longue date pensé et écrit à une époque où entre Bronson et Le Guerrier Silencieux, il se revendiquait ouvertement du cinéma expérimental de Kenneth Anger.

Cette fois-ci, « Only God Forgives » est dédié à Alejandro Jodorowsky et Gaspar Noé et rappelle au passage le goût de l’extrême, de l’ultraviolence et du fétichisme du cinéaste à travers une histoire riche en symboles, en mythologies (Remus et Romulus), en connotations et en complexes Œdipiens. Il y a aussi l’influence du giallo qui renvoie à Santa Sangre de Alejandro Jodorowsky, produit en son temps par Claudio Argento, le frère de Dario.

C’est toujours pareil avec Nicolas Winding Refn : la difficulté de monter des films aussi audacieux est stimulante parce qu’elle implique de composer avec les moyens du système pour proposer un résultat souvent autre (voir Bronson). Mais pour la première fois de sa carrière, Nicolas Winding Refn fait fausse route en privilégiant une esthétisation excessive au détriment de la narration.

Inconsciemment ou non, « Only God Forgives » s’exprime en réaction à Drive. NWR ne pouvait pas se reposer indéfiniment sur la fascination que provoquent les sublimes images et les différentes ambiances torves. Et sa maladresse ici, à ce moment-là de sa carrière, c’est de penser qu’il était possible de faire marche-arrière et de refaire le coup de l’artiste maudit. A savoir que la profusion de symboles voyants et l’ultraviolence sous influence de Gaspar Noé (« Irréversible ») compenseraient la vacuité du scénario.

En termes d’interprétations, on retiendra plus Kristin Scott-Thomas, vraiment bluffante dans un rôle de mère méchante qui ressemble étrangement à Madonna échappée d’un cauchemar de David Lynch, et moins Ryan Gosling, monolithique, affichant deux expressions au compteur, érotisé à outrance, évidemment, mais beaucoup moins magnétique que dans « Drive ». A l’arrivée, « Only God Forgives » devrait décevoir à-peu-près tout le monde, des fans de la première heure qui attendaient une évolution à ceux qui s’attendaient à un « Drive » bis et devraient sérieusement déchanter.

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