« On dirait la planète Mars » de Stéphane Lafleur: de la SF d’expédition aux allures de Loft Story

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Des nouvelles de la planète Mars… et de Stéphane Lafleur, dont on se demandait récemment où il était passé depuis Tu dors Nicole, l’un des plus beaux morceaux de la Quinzaine 2014 (oui, c’était une autre époque). La première mission habitée sur Mars est en péril. Pas de panique: une branche canadienne de l’agence spatiale, baptisée Viking, envoie dans une base en plein désert cinq anonymes sélectionnés pour leurs profils psychologiques quasi identiques à ceux des astronautes. Dans les conditions d’une véritable mission, ils doivent donc vivre comme eux, penser comme eux, être comme eux, pour anticiper et résoudre les conflits…

Oubliez donc les équipages héroïques uniquement constitués de geeks ayant passé avec bravoure 148 tests auprès de la NASA: le petit aréopage auquel s’intéresse ici Lafleur est somme toute assez quotidien, ce qui est déjà un premier pas de côté fait au genre – la SF d’expédition – qui s’intéresse d’ordinaire à ce qui constitue l’étoffe des héros avec un grand H. Nous sommes ici à un croisement parfait entre la tension collective qui secoue le Nostromo de la première partie d’Alien et le crêpage de chignon propre aux premières années de la télé d’enfermement, disons la saison 2 du Loft (celle avec Félicien et Afida).

Tout bipède ayant fait l’expérience d’une colocation à Paris se reconnaîtra dans les situations très prosaïques auxquelles le film s’attache: inquiétude autour du stock restant de morceaux de sucre, réunion au confessionnal pour bitcher sur l’enquiquineur un peu encombrant du salon, sans oublier les retournements amoureux propres à niquer définitivement l’ambiance de ce que l’on pouvait appeler jusque-là un collectif. Car, si le cinéma – états-unien notamment – a tendance à nous le faire oublier, les astronautes font popo comme vous et moi, et ils n’échappent évidemment pas à la pesanteur massive que peut parfois recouvrir la vie à plusieurs, loin des proches et de la famille. Le film pratique un humour doux-amer assez subtil ayant quelque chose à voir avec le désenchantement seventies (comme si la catastrophe – ici un confinement pandémique mondial? – avait déjà fait de nous des zombies sans boussole uniquement guidés par le lustre du passé) et, après une première demi-heure où l’on peine à entrer dans l’embarcation, se montre finalement hautement convaincant. Ça sort le 2 août et l’on n’en parlera probablement pas beaucoup sur les plateaux déserts des chaînes hertziennes… G.R.

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