« Nouvel ordre » de Michel Franco: quand le monde à venir vire au cauchemar

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Direct-to-Canal+ début septembre, Nouvel Ordre de Michel Franco, auréolé à la Mostra de Venise en 2020 et inédit au cinéma, part d’un argument à la Michael Haneke (un mariage mondain interrompu par l’arrivée d’invités importuns) pour raconter de façon très dense l’état d’un pays sombrant dans une dérive totalitaire. Un film dans la lignée des précédents de son auteur (triste-monde-tragique) mais laissant entrevoir des transitions plus complexes (de la farce à l’effroi, il n’y a qu’une scène) et un changement de style chez son auteur, confrontant son petit théâtre des horreurs à une plus large échelle.

Quand le monde à venir vire au cauchemar totalitaire: avec l’ultra-violent Nouvel Ordre, le réalisateur mexicain Michel Franco administre un électrochoc aux dérives totalitaires. Exécutions sommaires, tortures à la matraque électrique, viols… En 1h28, rien n’est épargné au spectateur dans cette dystopie qui suit le destin brisé d’un couple de la bourgeoisie dans un Mexique qui bascule dans le chaos et la dictature militaire, sur fond de révolte populaire. S’ouvrant sur un mariage luxueux en présence de membres de la bonne société et de nombreux domestiques, tous amérindiens. Personne ne semble prendre au sérieux la violence des émeutes et pillages qui secouent la ville. Elle s’apprête pourtant à tout emporter lorsqu’une horde d’émeutiers armés d’origine indigène assiège puis envahit la maison-forteresse.

Le film semble au départ construit comme une farce sur l’hypocrisie sociale avec ses convenances bourgeoises, ses faux-semblants et ses apparences, puis change radicalement de ton lorsque l’on quitte le mariage assiégé pour se cogner au monde extérieur. Et le récit de prendre des allures de film-catastrophe jouant de la suggestion tout en restant crédible et horrifiant. Puissants ou sans grade, les personnages, des domestiques à la famille des mariés, vont faire face au même déchaînement de violence et d’arbitraire de la part de la dictature militaire qui se met en place. Seuls en sortiront vivants ceux qui auront appris à déjouer tous les dangers et à ne plus faire confiance à personne.

Avec son regard sobre et dépassionné sur un sujet aussi fort, son art de mélanger le banal à l’horreur, Franco décrypte un système qui, au nom d’une quelconque idéologie, s’arroge le droit de vie et de mort sur les êtres humains. C’est bref, mais intense, sans fioritures ni psychologisme (que dans l’action, en somme), dédaignant l’émotionnel, tombant à pic dans nos sociétés occidentales guettées par la tentation de tous les extrêmes et dont la menace nous dépasse (tout reste obscur, changeant, instable jusqu’à son final terrible). Preuve que le fasciste peut surgir de partout, de n’importe où, n’importe quand, pas seulement au Mexique, il peut viser les riches comme les pauvres, les hommes comme les femmes. C’est toujours le même principe: transformer des humains en machines dûment assermentées, programmées pour détruire d’autres humains. T.A.

1h 28min / Drame, Thriller
De Michel Franco
Par Michel Franco
Avec Naian González Norvind, Diego Boneta, Monica Del Carmen
Titre original Nuevo orden

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