Co-fondateur du collectif Kourtrajmé avec Kim Chapiron (Dog Pound), Romain Gavras raconte le suicide social de deux hommes (Vincent Cassel et Olivier Barthélémy) qui crachent leur haine du monde avant leur extinction programmée. En passant à l’acte, ces deux étoiles deviennent des monstres, contaminés par un environnement monstrueux. Si, dans ses clips, il s’inspirait de Stanley Kubrick (Orange Mécanique pour Stress, de Justice) et de Peter Watkins (Punishment Park pour Born Free, de MIA), Gavras révèle ici une prédilection pour le cinéma français des années 70, en particulier Bertrand Blier (Les Valseuses, Calmos) et Joel Séria (Les galettes du Pont Aven). Il y a la volonté de retrouver cette veine provocatrice, de grandir des personnages pathétiques et surtout de filmer des amitiés masculines complexes – Patrick et Rémy entretiennent des rapports de potes, de maître à disciple, de père à fils, d’amants impolis, de doubles fusionnels. Derrière une apparence décousue – ce qui génère de vraies baisses de régime -, le récit s’enfonce à un rythme étrange vers une destination secrète dont on est sûr que personne ne reviendra.
Certes, il faut lire entre les lignes : Gavras utilise le prétexte d’un racisme anti-roux pour évoquer la recherche d’une terre d’accueil autre que la France, comme certains traquent l’Eldorado ou un idéal impossible. La façade nihiliste post-punk est tellement abrasive qu’elle risque de provoquer des amalgames et de réduire l’ensemble à l’unique fonction d’un brûlot épate-bourgeois. Pourtant, le sentiment de révolte et l’immaturité des deux protagonistes masquent un désarroi inhérent à la crise post-adolescente (quelles sont les alternatives pour survivre dans un univers d’exclusion?). Pour mesurer l’ampleur de cette sensibilité, il faut attendre que les deux complices arrêtent le vagabondage comme les discours et se posent dans un hôtel Buñuelien où circulent soudain des désirs refoulés. A ce moment-là, il y a un flottement, un sentiment froid de solitude, une tension érotique annonçant une déflagration comme la vraie découverte de soi. Tout dépend si l’on a envie de continuer à vivre dans l’illusion de la frime ou de regarder la vérité en face.

