« Nos cérémonies » de Simon Rieth: premier film français sensuel, sauvage et poétique

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Des enfants jouant aux samurai imaginaires sur une plage. Une falaise. Et puis plus loin, un secret (dont on ne dira rien). Quelque chose d’assez fort et improbable pour lier deux frères à tout jamais. Vraiment à tout jamais? Telle est la question de Nos Cérémonies. La mort d’un patriarche, qu’on n’aimait pas, mais qu’on pleure, force les garçons à revenir bien des années après dans la maison familiale. Puis revient l’amour d’enfance, la silhouette cassée entre les Abel et Caïn d’un nouveau genre (ou plutôt les frères Mantle de Crocro qui auraient croisé Larry Clark). Et ce foutu secret bien sûr.

Ce qui impressionne dans Nos Cérémonies, premier long métrage de Simon Rieth, plus encore que sa dimension fantastique, c’est comment il triture une certaine image de l’été, à rebrousse-poil du summer movie à la française. Loin de la foule et des crèmes solaires, il y a quelque chose qui tient plus de la carte postale froissée que de l’été de porcelaine. Le sable semble s’être infiltré sous le grain de la pellicule, les contrastes forcent comme en plein midi, les pins craquent et les résines débordent dans tous les coins alors que les désirs montent et descendent en montagne russe. C’était le même champ lexical qui dominait les nombreux courts métrages de Simon Rieth: on y assistait à des fins de vacances, des fins d’histoires, des fins de vie. Et le début de tout autre chose. Comme dans Feu mes frères, où le jeune réalisateur montrait une séparation dans un climat de torpeur épais comme le soleil, ou le terrifiant et beau Sans Amour, et son deuil tout en crépuscule. Tout ce qu’on voyait dans le tissage d’un univers singulier, capable de chanter l’amour des cimetières ou des dragibus, se confirme dans le passage au long: un goût affirmé pour des castings pas comme les autres et une manière de capturer une jeunesse avec une sensualité, une sauvagerie et une poésie rappelant le duo Poggi/Vinel. Rieth fait en plus parader fantômes, démons, esprits et ombre cannibale l’air de rien au milieu des forêts ou de la garrigue.

À force de filmer les beaux garçons comme des statues fêlées, Nos Cérémonies flirte avec la tragédie grecque pour mieux revenir au temps des malédictions immuables et des passions interdites. Sur la plage abandonnée, ces chassés-croisés, où Vlad et Kalash Criminel sont capables de laisser place à C. Jerôme, n’atteignent pas toujours la puissance émotionnelle tant désirée (on la voit, on la sent: l’envie d’avoir envie comme disait l’autre), mais ils galopent, et contre vents et marées, entament leur chemin dans nos têtes bien des jours après. Et c’est bien ce qui nous fait chavirer. J.M.

3 mai 2023 en salle / 1h44min / Drame, Fantastique
De Simon Rieth
Par Simon Rieth, Léa Riche
Avec Simon Baur, Raymond Baur, Maïra Villena

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