Décidément le talentueux réalisateur argentin Pablo Trapero aime le changement, la rupture et les nouveaux horizons. Quand tout bascule tragiquement dans la vie d’un homme, comment réussir à survivre et surtout se reconstruire ? C’est la douloureuse question que le jeune réalisateur pose dans sa pellicule.
Comme l’affiche officielle du film, l’histoire se divise en 2 parties. Dans un premier temps nous avons le portrait idyllique d’une petite famille idéal composée de Santiago, un jeune décorateur d’intérieur connu de Buenos Aires, Millie sa ravissante femme et Jose leur adorable fille. L’image est belle, fluide et nous montre un trio gagnant que rien ne semble pouvoir ébranler. Seulement voilà, Pablo Trapero n’a pu résister à précipiter son héros dans le Chaos total. La deuxième partie survient à la suite d’un accident de voiture dont Santiago semble être le seul à réchapper et c’est sur les cris de douleur du jeune argentin que l’on passe à l’image d’un noir total à un blanc immaculé et éblouissant. Tout ce qu’il y avait avant, n’existe plus. Trapeo nous fait passer de la chaleur de la ville à la froideur hivernale des majestueuses montagnes de Patagonie. Méconnaissable, Santiago travaille ici dans un petit aéroport ou rares sont les avions qui peuvent décoller ou atterrir à cause de la météo bien trop mauvaise. C’est dans ce cadre désenchanté que le réalisateur vient s’intéresser au combat intérieur du jeune Santiago meurtri au plus profond de sa chair et de son âme.
Malgré un sujet maintes fois traité au cinéma et une trame plus que largement prévisible Trapero se démarque dans son film par sa manière d’aborder le cheminement chaotique de son héros : de la douleur à la culpabilité, puis de la rédemption à la renaissance. En effet la caméra du réalisateur semble dans un premier temps s’attarder plus sur les paysages et l’environnement de Santiago que sur Santiago lui-même. Comme si le paysage et la rudesse du climat reflétaient les états d’âme du héros. Les personnages secondaires qui tout comme lui, peinent à la tâche dans leurs travaux manuels, jouent alors un rôle prépondérant dans le film puisqu’ils constituent le seul point de repère à l’exil de Santiago. Ils seront d’ailleurs les éléments clefs de sa reconstruction intérieure. Les acteurs sont impeccables dans leurs rôles, Guillermo Pfening (Santiago) est plus que convaincant en homme détruit, quant aux autres acteurs non professionnels et qui pour la plupart n’avaient jamais vu de caméra, ils nous bluffent par tant de justesse et de sincérité. Après notamment le très enlevé Voyage en famille (2004), Trapero nous prend donc véritablement à contre pied avec Nacido y criado. Sondant les méandres de la douleur d’un homme brisé par les évènements, en quête de la paix intérieure, le film Nacido y criado (en français, « né et élevé ») est une œuvre intéressante sur la renaissance humaine face à l’adversité de la vie.

