[CRITIQUE] MR NICE de Bernard Rose

Rien ne semblait plus casse-gueule que ce biopic consacré à Howard Marks, contrebandier flamboyant qui dans les années 70 a profité des mouvements libertaires pour mener une vie d’intrépide en dirigeant un hallucinant trafic de haschisch en Angleterre et aux Etats-Unis – où il est encore aujourd’hui interdit de séjour – et en narguant les autorités pendant deux décennies. Accro à la drogue et à l’argent, il est le reflet d’une époque libre où tout semblait possible, y compris de rouler les gens dans la farine. C’était avant la noirceur des années 80 et le cynisme des années 90. Le récit extrêmement dense s’inspire d’un livre culte que Marks a lui-même écrit après une incarcération de sept ans et le retrace en utilisant les propres mots de l’intéressé à travers un scénario méthodique dépourvu de complaisance ou de jugement. Il avait suffisamment de charisme pour convaincre les plus réticents. Les profanes peuvent le comprendre dès les premières images utilisant des artifices théâtraux pour faire référence à un one-man show ayant fait salle comble en Europe. Ce qu’il y raconte dépasse tout ce que l’on peut espérer en termes de crédibilité. On en oublie presque qu’il s’agit d’une histoire vraie. Désormais repenti, Marks plaide de manière pacifique pour la légalisation du cannabis mais il n’a rien perdu de son influence sur les nouvelles générations. Il continue de prêcher son discours prosélyte avec un sens de l’altruisme et un refus de l’agression qui le rendent au mieux inoffensif et donne à penser qu’il est resté perché avec les hippies. L’énergie considérable qu’il a déployé pendant toutes ces années, il l’a tiré de son refus de se plier aux normes (donc à la loi) et de grandir (il privilégie son commerce au détriment de sa vie familiale). Certains trouveront discutable le parti-pris consistant à faire la part du mythe et de la réalité, mais les risques sont neutralisés par la force romanesque. Tourné dans des conditions acrobatiques de vitesse et d’économie, le résultat est fluide, souvent drôle quoiqu’entaché de longueurs. Dans ce qui semble être son meilleur rôle depuis longtemps, Rhys Ifans prend un pied communicatif. Mais la vérité, c’est qu’on aimerait retrouver le réalisateur Bernard Rose dans le cinéma fantastique comme il a su en produire dans les années 90 avec les somptueux Paperhouse et Candyman.

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