[CRITIQUE] MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson

Après le film d’animation Fantastic Mr Fox, Wes Anderson semble une nouvelle fois draguer un jeune public avec ce Moonrise Kingdom. Ce n’est pas de l’opportunisme ni un manque d’inspiration. Cela fait maintenant deux films que cette figure de proue du cinéma indépendant US manifeste le besoin de retrouver un état d’innocence, de raviver des souvenirs et des sentiments éteints depuis longtemps. Sans doute parce que A bord du Darjeeling Limited, le sommet de sa filmographie, était trop chargé émotionnellement, d’une beauté inouïe et d’un spleen contagieux. Cette fois-ci, on passe du simple au complexe avec un scénario, cosigné avec Roman Coppola, qui tient de la fable initiatique et du récit d’aventure. La première demi-heure recèle suffisamment de personnages, de couleurs, d’informations et d’intuitions pour donner envie au spectateur d’en savoir plus. Individuellement et collectivement, de jeunes scouts apprennent à s’organiser pour survivre, partager, s’accepter et s’entraider. C’est donc plein de bonnes intentions mais Anderson sait très bien que ça ne suffit pas pour faire une bonne histoire. Il fait même dire à un personnage que la poésie ne consiste pas à faire des rimes mais à faire preuve de créativité. Chez lui, pas de rimailleurs donc, ni d’amis des animaux et autres encenseurs de cucuteries aux pieds bien claudicants. La cruauté est toujours au cœur des personnages, la tragédie les guette en permanence et le danger les fait bouger. De fait, le nombre et l’intensité des situations fortes destinent le film à un public largement plus vaste que celui des seuls enfants.

S’il brocarde très gentiment l’esprit boyscout, Anderson met surtout en opposition deux mondes en insistant sur tout ce qui les sépare. D’un côté, celui des adolescents à travers deux jeunes tourtereaux guidés par des sentiments purs et un amour indéfectible, qui savent ce qu’ils veulent, plaident pour l’aventure et ne veulent pas vivre avec des regrets. De l’autre, celui des adultes, englués dans la médiocrité de leur routine qui refusent de considérer l’échec de leur vie sentimentale et ne souhaitent plus prendre de risques. On retrouve les obsessions de Wes Anderson (la nécessité de créer sa propre communauté), les caractères flapis et dépressifs (la jeune héroïne hantée par des pulsions autodestructrices), les figures de style (les travellings latéraux, la fantaisie pop), les acteurs habituels (Jason Schwartzman et Bill Murray, déjà présents dans Rushmore) et les moins (Bruce Willis, nouveau venu, sobrement émouvant). Mais tout cela rappelle surtout la capacité du cinéaste à dire les mêmes choses en variant les plaisirs. Entre les lignes, Anderson recompose une famille comme s’il composait un orchestre. Sans en avoir l’air, ses personnages déclinent des thèmes, des figures rythmiques, des répétitions. Une fois réunis dans une même séquence, ils lui permettent de créer une partition enfin harmonieuse. Naguère marionnettes, ses acteurs sont désormais des instruments qu’il manie à la perfection et dont il a tiré les notes qu’il voulait.

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