« Monkey Man » de Dev Patel: une production Jordan Peele emballante

À première vue, Monkey man fait le pont entre le blockbuster hollywoodien et le cinéma indien, au point qu’on ne sait plus très bien de quel côté il se rapproche le plus, même si l’action se situe à Mumbai. La production assurée par Jordan Peele accentue l’aspect hybride. Plus concrètement, c’est le premier long métrage réalisé par Dev Patel, qui s’est illustré comme l’interprète candide et optimiste de Slumdog millionnaire de Danny Boyle. Cette fois, en tant qu’interprète principal, il est méconnaissable, pas seulement parce qu’il a pris de la bouteille et du muscle, mais parce que son personnage explore une noirceur inattendue. Surtout, en tant que metteur en scène, Patel fait preuve d’une maîtrise et d’une versatilité impressionnantes, et si le film déroute par son approche alambiquée, le résultat est prometteur et plutôt emballant.

Assez tôt, Monkey man annonce une histoire de vengeance, un thème ultra-conventionnel dans le cinéma indien. Patel incarne un boxeur revêtu d’un masque de singe qui gagne des clopinettes en se faisant massacrer au cours de matches truqués pour le compte d’un margoulin pittoresque (Sharlto Copley). Il utilise ses économies pour acheter un pistolet et patiemment, élabore un plan pour infiltrer un repaire de riches dégénérés afin de se venger de l’un d’eux. Le cinéaste prend son temps pour dévoiler les raisons de cette soif de vengeance à l’occasion de flash-backs qui ne révèlent que des fragments, si bien qu’il faut attendre une bonne moitié du film avant de découvrir les véritables motivations. Entre-temps, on aura été servis par une bonne dose de poursuites et scènes d’action de haute intensité.

Mais ces apparentes digressions ne perdent jamais le fil d’un parcours qui prend une tournure initiatique. Bobby (Patel), finit par comprendre que la vengeance personnelle est non seulement hors de sa portée, mais qu’il sera plus utile à œuvrer dans l’intérêt collectif, ce qui en plus lui garantit des soutiens insoupçonnés. Impossible de ne pas adopter la cause du héros, qui s’attaque à des puissants corrompus et à leurs serviteurs des forces de l’ordre. Patel maîtrise parfaitement l’art de retenir ses chevaux, mais lorsqu’il les lâche, ça percute à fond. En artiste martial qui doit affronter des dizaines d’adversaires, il n’a rien à envier à Keanu Reeves/John Wick, auquel il fait ouvertement référence tout en prenant bien soin de s’en démarquer. Le personnage est à la fois plus humble, mais ses actions sont d’une violence extrême à côté de celle plus abstraite et désincarnée de John Wick. Bilan largement favorable pour ce premier film très substantiel. G.D.


Film de Dev Patel · 2 h 01 min · 17 avril 2024
Genres : Action, Thriller
Pays d’origine : États-Unis, Canada, Singapour, Inde

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