« Miséricorde » de Alain Guiraudie: un fabuleux « Théorème » cévenol, notre film du mois

LES ETOILES DE LA REDAC

Gautier Roos
Morgan Bizet
Romain Le Vern
Jérémie Marchetti

Bizarre, vous avez dit bizarre? Jérémie (Félix Kysyl) revient à Saint-Martial pour l’enterrement de son ancien patron boulanger. Il s’installe quelques jours chez Martine, sa veuve, jouée par Catherine Frot. Mais entre une disparition mystérieuse, un voisin menaçant et un abbé aux intentions étranges, son court séjour au village prend une tournure inattendue…

Elle est là, la merveille du mois d’octobre au cinéma! Non seulement Alain Guiraudie se permet de donner sa propre déclinaison d’un Théorème cévenol dont le sujet lui va en définitive très bien – un personnage trouble s’invite chez l’habitant et vient détraquer de l’intérieur une maison maladivement empêchée par les non-dits – mais le cinéaste semble désormais citer ses propres œuvres, pour ce qui figure comme un croisement génial entre nos deux films préférés du décontracté magicien (Le roi de l’évasion et L’inconnu du Lac).

Rallier les pôles extrêmes du film noir de campagne où un suspense clouzotien menace toujours de ramener des cadavres à la surface et celui de la comédie paillarde et dégingandée où les abbés à poil sous la soutane ressemblent à ceux qu’on pourrait trouver dans les plus truculents des Mocky. Ce n’était pas le moindre des paris et celui-ci réussit toujours son virevoltant numéro d’équilibriste, convoquant aussi la noirceur désespérée et toute chrétienne d’un Mouchette (1967) et d’un Sous le soleil de Satan (1987), dont la prose tout en lenteur semble être inspirée.

À cela s’ajoute le leitmotiv de la cueillette aux champignons vénéneux (et bien d’autres figures érectiles d’ailleurs…) qui replaque aussi le film sur un territoire propre à l’enfance, au songe, au conte de fées, et à une absence de surmoi où des jeux d’abord inoffensifs peuvent aller très loin: Félix Kysyl (qui répondait aux questions cannoises de la Chaos TV ici) y est merveilleux en ange noir sans âge capable de se glisser à peu près n’importe où dans le cadre, et son corps joue aussi le contraste comique avec ceux des êtres bien en chair qui parsèment toute la filmo du cinéaste. Sans jamais manier la confortable ironie, le Guiruade nous offre un merveilleux film suspendu à quelque chose qu’on peut appeler un état de grâce.

16 octobre 2024 en salle | 1h 43min | Comédie, Policier
De Alain Guiraudie | Par Alain Guiraudie
Avec Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand
Elle est là, la merveille du mois d'octobre au cinéma! Non seulement Alain Guiraudie se permet de donner sa propre déclinaison d’un Théorème cévenol dont le sujet lui va en définitive très bien - un personnage trouble s’invite chez l’habitant et vient détraquer de l’intérieur une maison maladivement empêchée par les non-dits - mais le cinéaste semble désormais citer ses propres œuvres, pour ce qui figure comme un croisement génial entre nos deux films préférés du décontracté magicien (Le roi de l’évasion et L’inconnu du Lac)."Miséricorde" de Alain Guiraudie: un fabuleux "Théorème" cévenol, notre film du mois
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