[CRITIQUE] MICHAEL de Markus Schleinzer

Markus Schleinzer a eu le malheur de faire ses armes avec Michael Haneke et inévitablement, pour son premier long métrage, il passe un peu pour le disciple singeant le maître. Le sujet est problématique (la relation entre un pédophile et sa victime) et le style cherche l’inconfort (rigueur des cadres, impassibilité des plans). La différence avec Haneke réside en revanche dans le traitement : sur le même thème, le réalisateur de Funny Games aurait proposé une dissertation sur la loi et la pulsion ou un massacre. Schleinzer préfère, lui, disséquer le quotidien d’un monstre ordinaire en adoptant un point de vue neutre. Même si elles fonctionnent sur le hors-champ et la suggestion, les scènes interpellent forcément le regard (l’incroyable kidnapping raté d’un enfant en plan-séquence) et les répliques prennent le contre-pied des attentes (le pédophile qui demande au gamin : «Tu vois, ça, c’est ma bite. Ça, c’est mon couteau. Tu préfères que je t’enfonce quoi?»). Mais, au-delà d’un constat presque acquis (l’horreur nichée dans la normalité policée, la réalité insoupçonnable derrière les apparences), que reste-t-il ? Une volonté de montrer différentes facettes schizo du pédophile (à la fois amant, père de substitution et ami du même âge), une utilisation ironique de la musique, éternel cliché du cinéma indépendant rigide, et une résolution moralement indéfendable. Schleinzer s’en défend prétextant un peu à la manière de Todd Solondz (Happiness) que le pédophile incarne la figure du mal ultime, qu’il n’est qu’un subterfuge pour capter une vérité dans les relations humaines et que, pour passer outre le désagréable suspense des dernières scènes, il importe de continuer le film tout seul comme un grand. Hélas, dans un excès de zèle et de connivence, le cinéaste a trop misé sur la capacité du spectateur à supporter des scènes de plus en plus ternes et sur sa perspicacité à faire le lien avec le fait-divers de Natascha Kampusch. Même si, en bon manipulateur brouillant les pistes, Schleinzer nie s’en être inspiré.

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