Mary s’inspire de la mythique Marie-Madeleine, disciple de Jésus et évoque un trio lié par son esprit et son mystère… Marie Palesi, actrice, l’incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage. Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film. Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi. Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira…
Le film a été présenté comme une réponse de Abel Ferrara à Mel Gibson et sa Passion du Christ. En réalité, le procédé est plus complexe et intéressant qu’une simple interpellation subversive. Abel Ferrara dresse le portrait d’un présentateur de talk-show donneur de leçons qui fait sa femme cocue alors que celle-ci l’aime profondément. A l’instar du personnage d’Harvey Keitel qui trouvait sa rédemption à travers une sainte violée (Bad lieutenant), celui incarné par Forest Whitaker aspire à une paix intérieure. Il la trouve en communiquant avec une actrice (Juliette Binoche) qui, après avoir incarné Marie-Madeleine dans le film d’un réalisateur horrible d’arrogance (Matthew Modine), a trouvé la foi au moment où elle était au sommet de la vague. Pendant ce temps, le monde subit des attentats atroces et la liberté d’expression est compromise par des bien-pensants.
On flirte avec l’autocitation mais on a affaire à un objet éminemment conceptuel qui, à travers un habile système de mise en abyme, traque les zones d’ombre et les péchés secrets de ceux qui prétendent détenir la vérité. Pas la peine de s’exciter : la polémique n’aura pas lieu tant ce film ne cherche pas à provoquer et fait montre au contraire d’une sensibilité et d’une intelligence extrêmes. Le discours est certes bourré des métaphores christiques chères à son auteur mais on ressent surtout une grande sérénité à l’issue de la projection. Comme si l’apaisement de Ferrara cinéaste, tant recherché au fil de ses œuvres, se trouvait enfin sur le visage lumineux de Juliette Binoche.

