Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…
A la manière de ces films sociaux qui scrutent à quel moment un système va brutalement basculer d’un état à un autre et autopsient les conséquences humaines, morales et déontologiques d’une catastrophe, Margin Call se déroule la nuit précédant le krach boursier dans une banque d’investissement de Wall Street, décrypte le monde de l’argent comme la crise économique avec un langage clair et une approche didactique. Ce qui chez d’autres aurait pu constituer un écueil se révèle ici un atout puisque la grande qualité du film réside dans sa capacité à rendre simple des notions abstraites ou complexes. On y rappelle que l’économie n’est pas une science prédictive et que ceux qui ignorent le passé sont condamnés à le reproduire. Dès l’incipit, les licenciements s’enchaînent et le krach provoque une cascade d’événements qui vont s’enchaîner les uns aux autres par des liens de cause à effet. Comme un domino qui tombe et entraîne successivement les autres dans sa chute. On regarde ça avec le même mélange de fascination et d’effroi qu’un accident à grande échelle.
Avec ce premier long métrage, J.C. Chandor joue moins la carte du psychologisme (tout ce qui s’avère externe au lieu est totalement évacué) ou de l’apitoiement que celle de l’énumération exponentielle, selon le principe de la chaîne alimentaire dans le monde animal transposé dans celui d’une société ultra-blindée. On peut s’amuser à comparer Margin Call, qui a coûté trois millions de dollars, à Wall Street 2, l’argent ne dort jamais, qui, lui, a coûté près de 70 millions. Olivier Stone tailladait ses personnages sans les prendre en considération, J.C. Chandor préfère la nuance et révèle une vision moins cynique. S’il cède à quelques facilités, il est particulièrement aidé dans sa tache par une distribution avisée (Kevin Spacey, Jeremy Irons, Paul Bettany, Stanley Tucci). En l’état, ce coup d’essai se révèle fort honorable, bien dialogué et supérieurement interprété, pouvant même constituer une mise en bouche à l’adaptation très attendue du Cosmopolis, de Don Delillo par David Cronenberg.

