Après le remake de La colline a des yeux (2006) et la nouvelle version de Piranha 3D (2010), Alexandre Aja et son scénariste Grégory Levasseur ont proposé au réalisateur Franck Khalfoun de s’atteler au remake de Maniac (William Lustig, 1980), véritable classique de série B auquel Aja a emprunté pour Haute Tension et qui devait beaucoup à son interprète principal, l’incroyable Joe Spinell. Au moins, l’équipe sait vendre le produit en certifiant que William Lustig le cautionne, en confiant ironiquement le rôle du tueur démasqué à Elijah Wood (physiquement, il est maigre et fluet, à l’opposé de la masse Spinell) et en proposant, selon le principe de la caméra subjective, d’épouser le point de vue du tueur en série. Dans Le Voyeur (Michael Powell, 1960), un jeune assistant de cinéma filme le visage angoissé de jeunes femmes avant de les tuer, pensant prolonger les travaux de son père sur les expressions de la peur. A l’écran, on voyait tout ce qu’il voyait au moment des meurtres. Dans ce remake de Maniac, on est plus dans une veine spectaculaire que psychologique, plus superficielle que substantielle, finalement plus proche de ce que Jonas Akerlund proposait avec le clip Smack My Bitch Up de Prodigy que de Schizophrenia, de Gerald Kargl.
Chaque plan est habité par Elijah Wood qui se manifeste dans les reflets, les miroirs, les ombres ou à la périphérie du cadre. Cette présence est si palpable qu’il suffit au réalisateur d’utiliser des effets infimes et presque subliminaux pour provoquer l’inquiétude ou la terreur. Mais, très vite, cette relecture donne l’impression d’une succession de bonnes idées gâchées. Déjà, l’exploitation du décor ne tient pas ses promesses : l’original se passait à New-York dans un contexte urbain et mal famé, le remake se déroule à Los Angeles et Khalfoun ne fait rien de l’ambiance. Ensuite, si l’idée de prendre Elijah Wood en tueur en série s’avère excellente sur le papier, difficile de rivaliser avec le charisme de Joe Spinell qui, à chaque apparition, réussissait à être tendre et monstrueux à la fois. A défaut de générer de vraies ambivalences, le scénario essaye d’humaniser le tueur avec de vieux ressorts, comme lui trouver des circonstances atténuantes en l’assimilant presque à un artiste (tel un fétichiste, il vit entouré de mannequins, leur «crée» un visage et donc une vie). Enfin, on ferme les yeux sur le traumatisme Œdipien honteusement éculé (on est en 2012). Bien que formidablement mis en musique par Rob, ce cauchemar paranoïaque est exécuté sans éclair de génie.

