Dans la carrière de Jaume Balaguero, il y un avant et un après [REC.]. Avant, il construisait des films avides de sang juvénile et, à l’exception de Fragile, son meilleur film, qui tenait du fantastique, jouait beaucoup sur les effets de montage. Après les zombies hystériques de [REC.] et [REC.2], il avait manifestement besoin de se reposer aux commandes d’une série B domestique et Hitchcockienne, plus lisse en apparence, qu’il serait quand même criminel et inconscient de comparer au Locataire (Roman Polanski, 1976). Les intentions sont amusantes (fantasmer sur ce qui se passe pendant le sommeil, pervertir les figures rassurantes, démultiplier la paranoïa). Mais Balaguero n’exploite pas totalement le potentiel de son argument (l’imminence du mal au cœur de la maison) qu’il avait transcendé dans son segment A Louer pour les Peliculas Para No Dormir, déjà scénarisé par Alberto Marini. Le premier souci, c’est l’absence totale de tension. Le concierge (Luis Tosar) a beau multiplier les efforts cyniques pour faire le mal autour de lui et apparaître comme un vrai monstre humain derrière son apparence bonhomme (petite peste à deux doigts d’être balancée par la fenêtre, voisine solitaire humiliée, mère agonisante); Balaguero laisse presque toujours la perversité hors champ, non pas par suggestion mais parce qu’il ne sait pas filmer les choses vraiment tordues, et ne dépasse jamais le stade de l’anecdote ou du potache. Autrement, la dramaturgie est tellement programmatique qu’elle ne réserve aucune surprise. Sous couvert d’illustrer des peurs quotidiennes, Balaguero n’offre qu’une tautologie un peu vaine : la reconnaissance de son propre style. Malveillance résume l’impasse créatrice dans laquelle il est tombée (le même quotidien névrotique, le même rituel, la même découverte progressive d’une réalité effroyable). Comme à chaque fois, il révèle une prédilection pour les conclusions morbides et amorales – de tous ses films, seul Fragile bénéficie d’une fin apaisée. Avec La secte sans nom, Balaguero visait Bacon. AvecMalveillance, il ne cite que lui-même. C’est le serpent qui se mord la queue.
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