« Magdala » de Damien Manivel: un voyage aux confins de l’inconnu par un réalisateur vraiment singulier

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Depuis le personnage en sandales-short d’Un jeune poète, ce cinéaste cherche à filmer les premiers hommes (remember sa relecture couleurs pastel d’Adam et Eve dans Le Parc). Son nouveau film s’attaque plus frontalement encore à la question de la primitivité en s’immisçant dans les dernières heures de Marie Madeleine, le premier être à avoir eu la chance de croiser Jésus après sa Résurrection. De primitivité, il sera question puisque notre maniveleur semble encore diriger un peu plus son cinéma vers le dépouillement: quasiment pas de dialogues, peu de personnages secondaires, peu même d’intrigue (alors qu’il existe quand même deux-trois bonnes histoires dans ce best-seller intemporel qué sapelorio La Bible).

Est-ce à dire qu’il n’y a rien dans le film? Vous imaginez bien que non: Magdala ausculte ce qui se passe quand un personnage – campé par la chorégraphe Elsa Wolliaston, avec qui Manivel travaille depuis 13 ans – pose le pied sur une terre vierge. Un ermitage lent qui se situe par définition quelque part entre le confortable et l’hostile, un voyage aux confins de l’inconnu, un retrait hors du temps qui serait comme une réponse waldenienne à un monde qui bouge. On n’y est pas forcément soulagé pour autant: grand âge faisant, arpenter le paysage ne se fait pas sans difficultés, souffrances et autres joyeusetés qu’on n’appelait pas encore rhumatismes à l’époque. C’est un film où l’on s’appuie beaucoup sur son bâton de pélerin, où l’on met parfois plusieurs minutes à avancer de 30 centimètres, qui aurait presque quelque chose à voir avec le documentaire animalier puisqu’on ne sait pas toujours ce qui se dissimule derrière le morceau de tissu. G.R.

20 juillet 2022 en salle / 1h 18min / Drame
De Damien Manivel
Par Damien Manivel, Julien Dieudonné
Avec Elsa Wolliaston, Aimie Lombard, Olga Mouak

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