« Lune Froide » de Patrick Bouchitey ressort en salles: un film français très rare et très chaos

Le très rare et très chaos Lune Froide de Patrick Bouchitey ressort dans les salles de cinéma le 15 novembre. Soit l’histoire de Simon et Dédé, deux amis paumés et soudés l’un à l’autre par une quête d’oubli et d’exaltation. La nuit, désinhibés par l’alcool et électrisés par Jimi Hendrix et le rock des années 1960, ils enchaînent les rencontres insolites et déjantées. Jusqu’à un soir de pleine lune…

Lorsqu’il a présenté son premier long métrage Lune froide à Cannes en 1991, Patrick Bouchitey jouait gros, mais le risque a payé: le film a été très bien accueilli, laissant l’impression largement partagée que son traitement à la fois franc et mélancolique sublimait un sujet qui aurait pu verser dans le sordide. Pour y arriver, Bouchitey s’y est pris à deux fois. La première, trois ans plus tôt, venait de son envie d’adapter en court métrage la nouvelle de Charles Bukowski La sirène, qui raconte sur le mode éthylique une expérience de nécrophilie partagée par un duo de marginaux. Ayant trouvé avec Jean-François Stévenin un partenaire enthousiaste, Bouchitey a réussi un court métrage sombre et lumineux, dont les personnages l’ont hanté au point de vouloir les explorer davantage.

Avec le temps, l’acteur-réalisateur a trouvé chez Bukowski une autre nouvelle qui pouvait compléter le court métrage, en détaillant les errances tragi-comiques du duo de quadras traîne-savates. Avec l’aide de Jacky Berroyer à l’écriture, il leur a consacré un portrait vivant et attachant, mais toujours sur le fil. Le personnage de Dédé, qu’il interprète, est particulièrement risqué: en perpétuelle agitation, il serait très vite insupportable sans sa faculté invraisemblable à susciter l’indulgence, tandis que Stévenin joue son opposé, taiseux et plutôt raisonnable, bien que toujours prêt à faire la fête.

Le coup de génie du film repose sur l’ordre des épisodes, le premier étant placé à la fin, comme un flash-back qu’il est dans la réalité. Le résultat fonctionne un peu comme Irréversible (Gaspar Noé, 2002), en éclairant d’un jour nouveau le regard qu’on porte sur l’un et l’autre personnage. Le choix du noir et blanc est particulièrement pertinent, puisqu’au lieu d’accentuer des oppositions apparentes (le chaud et le froid, le bavard et le taciturne,…), il montre toute la richesse de leur complémentarité à travers une large gamme de nuances. Trente ans après sa sortie, le film n’a pas pris une ride. G.D.

22 mai 1991 en salle / 1h 30min / Comédie dramatique
Date de reprise 15 novembre 2023
De Patrick Bouchitey
Scn Patrick Bouchitey, Jackie Berroyer
Avec Patrick Bouchitey, Jean-François Stévenin, Karine Nuris
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