[VITE VUS 🔴] « Lui » de Guillaume Canet & « La Fracture » de Catherine Corsini

Séances de rattrapage pour La Fracture de Catherine Corsini et Lui de Guillaume Canet.

Il y a des films qu’on n’a pas envie de voir, et encore moins d’apprécier: films à “sujet gros comme ça” qui permettent d’alimenter à peu de frais le conducteur des émissions de Nagui sur Inter, films à casting multi-générationnels cherchant à réconcilier la grande famille – morcelée – du cinéma français, films de cinéastes à peu près certains d’être dorlotés en festival quelle que soit la qualité (hautement variable) de leurs films. La Fracture (★★) de Catherine Corsini (cinéma) coche assurément toutes ces cases: la surprise fut donc grande d’apprécier la partition de la Valeria Bruni Tedeschi en bourgeoise-mégère délicieusement insupportable, contrainte de passer la nuit à l’hôpital après s’être cassée le bras, où elle va côtoyer une version cocotte minute de la France, écartelée entre un personnel hospitalier soumis à rude épreuve et des manifestants arborant la fameuse tunique flashy sur les ronds-points et défigurée par les grenades de la police macronienne (qui ne cache pas ses inclinaisons pour le Rassemblement national, rappelons-le). Quel vaste programme! Le film ne tient pas du tout toutes ses promesses – la mission était impossible, puisque le film visait la réconciliation entre le comique boulevardier, le cinéma d’auteur conscient, et même le home-invasion façon Assault! – mais il a au moins le doux mérite d’installer deux beaux personnages de femmes au bord de la rupture (plus discrète qu’a l’accoutumée, Marina Foïs ne déçoit pas, comme bien souvent). Pio Marmaï en fait un peu des caissons mais c’est pas grave: on sent bien que la Corsini est plus intéressée par Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante à la ville comme à l’écran, révélation d’un film qui n’est vraiment pas, malgré le venin qui nous colle d’habitude aux lèvres, ce qu’on a vu de plus déshonorant au Festival de Cannes cette année…

Sinon, oui, c’est très facile et très lâche de tomber comme de gros balourds sur Guillaume Canet; nous, sinistres pignoufs sans talent jaloux de son putain de succès. Alors, question: pourquoi absolument vouloir parler de Lui (), son dernier long métrage (cinéma), et lui coller un vulgaire zéro étoile des mauvais jours? Peut-être parce qu’on l’a vu/subi. Qu’il est sorti en salles (info peu négligeable) et que, masos, pervers, ce que vous voulez, on aime voir par nous-mêmes les films maudits qui se font dégommer par la presse de manière unanime (et donc un peu suspecte). On se dit que pour avoir énervé autant de professionnels de la profession, notre Guigui a dû y aller fort; ce qui n’est pas pour nous déplaire. Forcément, ça intrigue un peu. Du coup, on y est allé. Et on est revenu fort dépourvu du moindre argument à la rescousse de ce qu’il convient d’appeler un effarant nanar d’auteur, à ranger entre un Yann Moix et un BHL, dont l’objet comme le but nous échappe totalement. Mais dont le futur Blu-ray sera parfait pour caler une armoire.

Dans Lui, Guigui prête le flanc aux critiques en jouant le double de Canet, il vient de quitter femme et enfants et arbore une mine «y’a du tourment dans ma tête». Il pense trouver refuge dans une vieille maison à flanc de falaise, sur une île bretonne déserte. Erratum: dans ce lieu étrange et isolé, il ne va trouver qu’un piano désaccordé et des visiteurs bien décidés à ne pas le laisser en paix. Toute cette agitation pour un coup de théâtre téléphoné au bout d’une heure trente de bâillements: Guillaume Canet n’est pas Vincent Gallo mais Alexandre Jardin! Dans ce qui ressemble à un remake improbable de Fenêtre secrète par Bertrand Blier, il y a des torrents de dialogues et de longs moments de silence, de grands thèmes éculés à majuscule (l’Amour, le Sexe, la Vie, les Potes, le Canet, le Moi, le Ça, les Autres, ces Bouseux…), de la psychologie freudienne de comptoir, de jolis couchers de soleil pour soigner un prurit de doute existentiel et des opérations mathématiques fastoches pour résoudre la crise existentielle de son auteur – suffit de remplacer cinéaste par compositeur, Lellouche par Kassovitz, Cotillard par Efira, les trois au lit pour un hommage rock n’roll aux Valseuses de ce bon vieux Blier (à poil, mais sous des draps), et on est bon. Guigui aurait pu (et dû) réserver son intense prise de tête à lui-même. Mais, il a absolument tenu à nous la soumettre dans une prod à 5,2 millions d’euros, distribuée par Pathé. Parfois, les récits intimes gagnent vachement à le rester.

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