[CRITIQUE] LITTLE JOE de Jessica Hausner

Alice scientifique émérite développe dans un laboratoire une fleur «Little Joe» censée rendre les gens heureux. Bravant les interdictions de sa hiérarchie, elle emporte chez elle une de ses expérimentations afin de redonner le sourire à son fils Joe qu’elle néglige au profit de ses recherches. Petit à petit et de manière insidieuse, le comportement des personnes qui l’entourent semble différent.

Le changement de ceux qu’on croit connaître, la peur qui se propage dans des vies faussement ordonnées et le doute sur son origine, voilà des thèmes que le cinéma fantastique a déjà abordé bien des fois. Les thématiques rejoignent forcément celle du must absolu L’invasion des profanateurs de sépultures, mais ce sont en réalité les seuls points communs – Don Siegel n’ayant pas franchement la même vision que Jessica Hausner. Car dans son univers, les personnages, avant même que le doute d’une quelconque contamination par la fleur soit évoqué, semblent déjà étranges, comme vides. L’exposition au pollen de la fleur semble changer leurs comportements que d’une manière quasi anecdotique. Ils ont tout simplement l’air «un peu moins» ou «un peu plus» étrange que ceux qui n’y ont pas été exposés. En choisissant une mise en scène clinique et une interprétation austère, Jessica Hausner explore de nombreuses pistes sans en choisir aucune, préférant miser sur l’intelligence du spectateur. Alors est-ce la fleur à pompons qui transforme les gens? Cache-t-elle de viles intentions? La dépression qui touche Alice et, à un autre degré, sa collègue rend-elle paranoïaque? La relation amour-haine d’un fils envers sa mère peut-il bouleverser la perception d’un quotidien déjà pas bien dojo? Avons-nous tellement oublié ce que c’est d’être heureux que nous ne reconnaissons pas ceux qui le sont ou le deviennent? A toutes ses interrogations, il vous faudra trancher à la place du film, Jessica ne se mouillant pas trop.

C’est la limite du film: à vouloir absolument rester opaque coûte que coûte, au détriment de l’émotion et en choisissant l’anti-spectaculaire à tout prix, Little Joe finit par laisser de marbre. Peut-être, parce qu’en 2019, faire du fantastique à tendance horrifique tout en voulant rester sobre et obstinément «auteurisant», cela ne fonctionne plus. Dommage car il y avait absolument tout ici pour devenir le pendant chic et intello à la petite boutique des horreurs. Or, il faut du chaos en soi et pas seulement dans son intention achtung-achtung pour y arriver et pas donner l’impression que vous faites une allergie malade au film de genre. Enfin, ce n’est pas la prestation convaincante mais sans nuance ni folie de son personnage principal (Emily Beecham et son prix d’interprétation improbable) qui arrangera les choses: elle est juste au diapason. Et par pitié, la prochaine fois, Jess, molo avec ta playlist tradi Japonaise. G.C.

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Date de sortie 13 novembre 2019 (1h 45min) De Jessica Hausner Avec Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox Genres Science fiction, Drame Nationalités Autrichien, Allemand, Britannique[CRITIQUE] LITTLE JOE de Jessica Hausner
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