« Les fantômes » de Jonathan Millet: plongée parano à combustion lente

Des restes du Nouvel Hollywood dans le jeune cinéma français. Hamid est membre d’une organisation secrète qui traque les criminels de guerre syriens cachés en Europe. Sa quête le mène à Strasbourg sur la piste de son ancien bourreau: une histoire inspirée de faits réels puisque des groupes de Syriens en exil ont réellement traqué certains tortionnaires du régime d’Al-Assad dissimulés en Europe sous de fausses identités.

On pourrait, pour faire vite, dire que le film est un croisement entre l’obsessionnel Conversation secrète de Francis Ford Coppola, de Marathon Man de John Schlesinger et du Remember d’Atom Egoyan. Alors que ses boss lui enjoignent de gagner l’Allemagne, Hamid sillonne Strasbourg sur la piste d’un suspect bibliophile auquel se mêlent bientôt des motifs bien personnels, s’entêtant névrotiquement à le filer alors que tout, dans le faisceau d’indice venu du haut, semble disculper le studieux bonhomme. Ce refus de se plier à la hiérarchie, aussi friedkinien que lumetien ne doit pas uniquement inscrire Les fantômes dans l’héritage, pas super original, des mavericks du Nouvel Hollywood.

Pas du tout excité du bocal, ce premier long métrage patiemment construit est habité d’une violence très sourde, presque chuchotée, à l’instar de ces parties de Call of Duty en ligne où l’organisation secrète se réunit pour échanger, à l’abri des oreilles indiscrètes, les éléments en leur possession pour poursuivre la traque du tortionnaire… Entre deux cordes électroniques d’un Yuksek à la BO lui aussi très calme, le morceau de bravoure du film arrive dans une scène de face-à-face dialoguée au restaurant, rappelant les fantômes de Heat et disséminant un trouble franchement inquiétant, appuyé par cette idée: le bourreau supposé semble bien mieux dissimulé (intégré?) dans cette nouvelle vie européenne que notre héros souffrant de syndromes post-traumatiques… Une belle réussite dans une langue qu’on ne comprend pas toujours. Un film Memento, quoi!

3.0 out of 5.0 stars
3 juillet 2024 en salle | 1h 46min | Drame

De Jonathan Millet | Par Florence Rochat, Jonathan Millet
Avec Adam Bessa, Tawfeek Barhom, Julia Franz Richter

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