« Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski, en salles depuis mercredi

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Rachel (Virginie Efira, who else?) a 40 ans, pas d’enfant. Elle aime sa vie : ses élèves du lycée, ses amis, ses ex, ses cours de guitare. En tombant amoureuse d’Ali (Roschdy Zem), elle s’attache à Leila (Callie Ferreira-Goncalves), sa fille de 4 ans. Elle la borde, la soigne, et l’aime comme la sienne. Mais aimer les enfants des autres, c’est un risque à prendre…

Après La Femme de mon pote et Amoureux de ma femme, voici donc Les Enfants des autres, film que Rebecca Zlotowski a voulu caler sous les auspices de quelque chose qui se désigne mal: la belle-maternité, la maternité de côté, voire la demi-maternité pour ceux que les néologismes concons n’effraient pas. Bien des cinéastes auraient choisi de s’attaquer au sujet en chaussant leurs gros sabots: engueulades à tout-va, assiettes qui voltigent par-delà l’argenterie léguée par grand-mère, caméra épaule au plus près des mines déconfites… S’abreuvant aux meilleures sources qui soient – Shoot the moon, Kramer contre Kramer, et surtout Une femme Libre de Paul Mazursky: l’un des plus beaux portraits de femme ever – notre Zloto privilégie au contraire le calme et la retenue, ayant compris que sous une sérénité de façade la caméra peut capter des touments intérieurs bien plus profonds. Il en résulte un film très élégant, une étude de mœurs que les cinéastes américains réussissent (ainsi que leurs pancakes) d’ordinaire beaucoup mieux que nous.

Deux bonnes idées à mettre à l’actif de ce film finement dialogué : petit 1 => les enfants du film, ce sont d’abord les adultes, en témoigne le quinqua Roschdy qui exulte like a child devant les buts marqués par son équipe lors d’un match qu’il suit depuis son smartphone sur la route. Petit 2 => le personnage d’Ali justement, par des remarques à la violence sourde et pourtant brutale, ne cesse de rappeler maladroitement à Rachel ce dont elle est privée (une relation organique avec sa fille Leila qu’aucune romance même ardente ne saurait égaler ou dépasser). Est-il pour autant un fils de chien méritant l’écartèlement ou la mort par pendaison? Non: il est juste d’une effarante banalité, en agissant comme on agirait tous. C’est-à-dire en s’accommodant des petites bassesses et iniquités que la vie terrestre impose. Et voilà comment ce beau film réussit à transformer une dispute où Efira s’en veut de se trouver trop banale en un exquis moment de cinéma! Allez-y, ne serait-ce que pour voir Fred Wiseman ou Michel Zlotowski – l’homme qui interprète en français plus vite que son ombre – dans des rôles de guests lumineux. G.R.

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