[CRITIQUE] LES DERNIERS JOURS DU MONDE des Larrieu bros

Les frères Larrieu réalisent des films qui respectent la durée d’un plan, d’une émotion, d’un souvenir, d’une vie. Dans Les derniers jours du monde, ils utilisent le prétexte de la fin du monde pour parler des amours frustrées et enregistrent les derniers battements de cœur d’un homme épicurien (Mathieu Almaric) qui part à la recherche de celle qu’il a toujours aimée, quelques jours avant l’apocalypse. De la flamme à la fumée. Du soleil à la pluie de cendre.

Chez les frères Larrieu, tout se joue à portée de lèvres, au moment où les mots se forment et où les sentiments se solidifient. C’était l’une des grandes qualités de Peindre ou faire l’amour. La force de leur nouveau film, adapté d’un roman de Dominique Noguez, réside dans son climat qui préfigure une fin du monde possible avec une économie d’effets. En raison du contexte apocalyptique, ceux qui s’épuisent autour du personnage principal acquièrent une dimension tragique. Un à un, ils révèlent ce qui les travaille au corps et à l’esprit. Une femme frustrée (Catherine Frot), prisonnière d’une étreinte passée, veut connaître l’amour réciproque au moins une fois dans sa vie. Une ex (Karin Viard), naguère engluée dans un quotidien domestique, succombe soudainement à l’envie de baiser en se retrouvant avec son ancien mari dans une chambre où le lit est défait. Un chanteur d’opéra (Sergi Lopez) dissimule son ambiguïté derrière des silences et des désirs d’adolescent dans un corps adulte. Chaque scène de sexe ressemble à un adieu et chaque salve, inspirée, triste ou décalée, donne à réfléchir ou peut-être à aimer.

En même temps qu’il tend vers l’apocalypse (la promesse du titre), le scénario propose de remonter vers le passé du personnage principal en alternant les souvenirs avec une beauté sculpturale et les mouvements actuels de panique collective. Histoire de mêler l’intime et le collectif, l’essentiel et l’universel. On pense beaucoup au cinéma aventureux de Jacques Rozier (Les naufragés de l’île de la tortue) pour la profondeur sous la légèreté et l’amour des fugues merveilleuses vers un ailleurs. Mais il y a encore mieux : un monde de bruits, de chants et de parfums passants. Le trouble charnel, la reconnaissance du désir, l’exaltation d’une feria, les microséismes, l’eau jaune du robinet, les cocktails bleus empoisonnés, la mort de deux amants d’Hiroshima. A la fin, le film se consume en utilisant l’une des plus belles chansons d’amour au monde. Cinq dernières minutes bouleversantes après une série de trucs un peu dingues. Mais, tout cela, c’est un style.

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