[CRITIQUE] LES CRIMES DE SNOWTOWN de Justin Kurzel

Pour son premier long métrage, Justin Kurzel plante sa caméra dans une banlieue blafarde et putride où personne n’aimerait échouer. Une fois cet environnement déliquescent posé, il peut présenter ceux qui y sévissent : des laissés-pour-compte, des anges déchus, des trognes ravagées qui noient leur frustration quotidienne dans l’alcool et, surtout, des monstres ordinaires. Au départ, le film promet beaucoup avec cette affaire dégueulasse de voisin ventripotent qui abuse sexuellement d’un adolescent et de ses jeunes frères. Mais le pire reste à venir avec l’arrivée d’un ange exterminateur (Daniel Henshall) qui débarque dans ce trou paumé comme un prince charmant pour consoler une Cendrillon fripée et devenir un père de substitution. En réalité, derrière ce mentor jovial se cache un tueur en série redoutable, John Bunting, un nouveau Charles Manson en quête d’acolytes, un Antéchrist avide de communiquer sa folie sanguinaire, son apologie de l’autodéfense et ses expéditions punitives. Avec une prédilection pour le naturalisme cru – que l’on goûtera selon sa sensibilité, Kurzel propose le portrait du psychopathe le plus sanguinaire d’Australie. Il filme aussi la manière imperceptible dont le mal s’immisce dans une existence, décortique un vertigineux exercice de manipulation et dissèque patiemment les rapports de force entre un bourreau et ses victimes. Sans doute à cause de leur nationalité et de leurs sujets, Les Crimes de Snowtown risque de souffrir de la comparaison avec un autre premier film de genre australien : Animal Kingdom, de David Michôd. Mais c’est aller un peu vite en besogne tant ces deux coups d’essai ne se sont pas fixés les mêmes objectifs : Animal Kingdom est totalement obsédé par la maîtrise, obnubilé par des références précises et en particulier les premiers Scorsese ; Les crimes de Snowtown est mû par une force plus instinctive, entre fiction et documentaire, ne cherche pas à faire évoluer les situations ni les personnages, ne tire aucune grandeur d’événements sordides. Tout juste peut-on lui reprocher quelques longueurs éparses et une tendance à la complaisance dans la dernière partie. Certaines scènes d’exactions barbares recèlent une violence nauséeuse, presque toxique : Justin Kurzel enfonce littéralement des seringues dans les yeux du spectateur en révélant une capacité assez stupéfiante à montrer moins pour suggérer plus. De toute évidence, il faut surveiller cet auteur, en gardant à l’esprit l’exemple d’Andrew Dominik, un autre jeune cinéaste australien qui avait lui aussi réalisé un premier film sur un tueur en série (Chopper, avec Eric Bana) avant de prendre tout le monde au dépourvu en signant le monumental L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.

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