Au départ, Jon Ronson a tiré un roman sur les expériences de l’armée américaine après les avoir révélées dans une enquête lorsqu’il était journaliste. Même si ce qu’il étaye peut paraître difficile à avaler, tout est rigoureusement vrai. Grant Heslov s’est inspiré de ces faits édifiants pour son passage derrière la caméra. Il a beaucoup emprunté à ceux qu’il a produits (les frères Coen, notamment) en montrant des militaires qui multiplient sous influence des missions dérisoires et en construisant son récit comme une succession de sketchs, entre le vitriol et la dérision. Si certaines de ses influences se manifestent avec ostentation (M.A.S.H., de Robert Altman et Les rois du désert, de David O. Russell), l’adhésion entre les comédiens (Clooney, McGregor, Bridges, Lang, Spacey, tous excellents) suffit à faire pencher la balance du bon côté.
La face sombre, c’est le sujet. Les soldats n’affrontent pas des ennemis avec leurs armes, mais avec les moyens de super-héros persuadés de neutraliser le mal par l’esprit. Ils sont comparés à des Jedi afin qu’ils ne sombrent pas dans le côté obscur de la force. Le problème, c’est qu’ils sont vaincus d’avance par leurs certitudes de savoir. C’est d’autant plus caustique que le projet d’envoyer ces inconscients a été cautionné par un représentant du gouvernement. Ce leurre dangereux les exploite comme cobayes pour expérimenter un nouveau moyen de penser la guerre, si possible new-age, propre et silencieuse. En contrepartie, il révèle les atours d’une manipulation dangereuse dont les répercussions sur l’homme peuvent être fatales (L’échelle de Jacob, de Adrian Lyne – 1991). Sauf que cette fois-ci, les personnages ne sont pas des pions ; ils descendent tous d’une même chèvre à qui fait on fait croire n’importe quoi.

