[CRITIQUE] LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan

Amis de longue date, un garçon (Xavier Dolan, son rictus) et une fille (Monia Chokri, ses habits polis) entendent leurs cœurs battre à l’unisson lorsqu’à une soirée, ils croisent le regard d’un bellâtre magnétique au visage d’ange exterminateur. Pour lui, ils vont tout sacrifier (leur temps, leur amitié, leur orgueil), s’épuiser dans l’expectative d’un geste ou d’un mot, devenir des bêtes jalouses et dociles. Ce récit masochiste sur la cristallisation du désir est entrecoupé d’interventions où des garçons et des filles confessent leurs plus belles histoires d’amour, du premier échange de regard à la rupture, avec un goût amer dans la bouche. Les apparences jouent contre Xavier Dolan, cinéaste d’à peine 22 ans, condamné à cause d’un cri de naissance trop braillard (J’ai tué ma mère), qui, malgré son jeune âge, a tout pigé. Les amours imaginaires, son second long métrage, n’a rien à voir avec son coup d’essai : moins centré sur ses atermoiements, plus ouvert aux autres et à toutes les sexualités, sensible aux palpitations et aux instants fragiles de dépendance affective, lorsque tout se joue à portée de lèvres.

Pendant une heure trente, on ne verra que des déambulations téléguidées, des cadeaux sans merci, des respirations coupées, des cigarettes compulsivement grillées, des couleurs délavées, et surtout les larmes des deux maudits en amour écrasées dans l’épaule d’un amant de passage – un coup, un soir, pour oublier – qu’ils n’aimeront pas mais qui saura désirer leurs corps devenus malades. Ils ne sont pas avec la bonne personne et ne caressent pas le bon visage, mais c’est pour mieux se consoler. Insidieusement, la cruauté et la tristesse s’installent dans l’écheveau rose bonbon du roman-photo affecté. Puis, il suffit d’une phrase, balancée comme si de rien n’était («J’ai toujours quelque chose sur le feu»), pour que toutes leurs illusions s’écroulent. Les mois, les semaines d’attente se volatilisent, comme si un éclair traversait l’écran. Avec son air de ne pas y toucher, Xavier Dolan grille pourtant quelque chose d’universel. Contrairement à ce que l’on a pu lire ou entendre, il lorgne moins du côté de la Nouvelle Vague que vers Wong Kar-Wai avec ses ralentis sublimes, sa mélancolie qui presse l’âme et ses histoires d’amour impossibles. Si ses Amours imaginaires peuvent rappeler les impasses sentimentales de James Gray (Two Lovers), elles ravivent surtout le souvenir de Chungking Express. D’autant qu’au détour d’une scène, on reçoit les vibrations de la reprise de Dreams, des Cramberries, par Faye Wong, noyée dans un répertoire de musique kitsch, du genre que l’on écoute seul dans un casque, sans oser avouer aux autres qu’on aime ça. C’est toute la beauté de ce film secret où les déclarations d’amour ont tant de chansons mais aucun mot simple à dire.

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