[CRITIQUE] L’ENFER de Danis Tanovic

A Paris, dans les années 80, un homme libéré de prison est rejeté par sa femme. A bout de nerfs, il la frappe sauvagement, puis se jette par la fenêtre sous les yeux de ses trois filles. Aujourd’hui, Sophie, Céline et Anne, les trois sœurs maintenant adultes, vivent chacune leurs vies. Le lien familial est rompu. Sophie, l’aînée, est mariée à Pierre, un photographe avec qui elle a eu deux enfants. Leur couple vacille. Céline, célibataire, est la seule à s’occuper de la mère impotente placée dans une maison de retraite. Anne, étudiante en architecture, a une relation passionnelle avec Frédéric, l’un de ses professeurs. Un jeune homme va entrer en contact avec Céline. Sébastien, plein de charme, semble vouloir la séduire. La révélation qu’il va lui faire va rapprocher les trois sœurs, leur permettre d’accepter leur passé et peut-être d’oser vivre pleinement.

D’un projet bandant, initialement conçu par Kieslowski (une trilogie baptisée L’enfer, Le paradis et Le purgatoire), Danis Tanovic, remarqué pour l’épatant No man’s land, passe (enfin) la seconde en succédant à Tom Tykwer et son Heaven, film en état de grâce avec un script ténu, une mise en scène aérienne, une fin poétique et un duo suprêmement romantique. Sur le papier, d’immenses promesses avec un casting impeccable. A l’écran, un téléfilm étriqué et volubile qui donne l’impression d’avoir été emballé par un émule de Rohmer et d’Antonioni phtisique.

Plus il avance, plus il accumule les déconvenues. La mise en scène, extraordinairement maladroite, accentue pesamment le symbolisme. Le disciple Tanovic n’égale pas le maître parce qu’il en fait trop (le plan sur la marelle) ou pas assez (rien que de l’illustratif). Les acteurs peinent à faire oublier la lourde caractérisation des personnages qui passent de l’insignifiant (Jean Rochefort) au sursignifiant (Karin Viard). Et, surtout, l’intrigue défie toute platitude en cédant aux clichés les plus éculés. Le cinéaste se fourvoie avec ce second essai dans un salmigondis riche en prétention et en bavardage oiseux (philosophie de comptoir, élucubrations pesantes sur le destin, références mythologiques et citations fumeuses à l’appui). Tout le monde en fait des tonnes et personne n’y croit. La seule qualité du film est de donner envie de revoir La double vie de Véronique, de Kieslowski, sur lequel il louche ostensiblement.

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