[CRITIQUE] LEFT BANK de Pieter Van Hees

Left Bank, premier long-métrage de Pieter Van Hees, débarque avec un peu de retard au festival de Neuchâtel. Depuis, le cinéaste belge en a réalisé un second, Dirty Mind, et travaille déjà sur le troisième, The Waste Land, produit par Epidemic, la société cofondée par Koen Mortier (Ex Drummer). Avant de connaître la suite, mieux vaut découvrir cette réussite inattendue qui marque la naissance d’un cinéaste. La première qualité de Left Bank, c’est le personnage principal, suffisamment singulier pour donner envie de s’intéresser un minimum à ce qui va lui arriver. En l’occurrence, une athlète qui se réfugie dans le sport pour fuir les contacts humains. Obligée de suspendre ses activités et de se confronter au monde extérieur, elle privilégie sa relation amoureuse, à la fois passionnelle et sentimentale, avec un homme et s’installe avec lui dans un appartement. Sur place, elle découvre des phénomènes étranges, notamment la disparition inexpliquée d’une ancienne locataire. Instantanément, on pense au cinéma de Roman Polanski à la fois pour la dérive psychologique au féminin (Répulsion) et la maternité contrariée (Rosemary’s baby) et à celui de David Lynch (miasmes pathologiques, fantômes indistincts, atmosphère anxiogène). Mais ce premier long-métrage de Pieter Van Hees ne ressemble pas à un épigone. Plus à un film noir à la clarté immaculée, bercé par une mise en image flirtant avec l’onirisme, qui séduit par son approche originale et sa capacité à mélanger l’horreur, le romantisme et le social en convergeant vers la révélation d’un événement monstrueux.

Le climat fantastique est instillé sans utiliser les clichés, sans doute parce qu’il ne s’agit pas du registre de prédilection de son auteur. Certaines séquences établissent si fortement un lien visuel entre la crainte et le désir, l’envie de connaître le mal et celle de l’éviter, que l’équilibre entre le fond et la forme se rétablit toujours. Si on y croit, c’est aussi parce que Van Hees cherche une certaine vérité émotionnelle dans ce qu’il montre, en maîtrisant aussi bien les mouvements de caméra que la direction des acteurs. Le scénario joue avec les pulsions du spectateur en se laissant lui-même prendre par le vertige de son héroïne jusqu’au final paroxystique. On en sort éprouvé et heureux d’avoir subi une telle intensité, mais le choix du sublime morceau Mysteries de Beth Gibbons pour le générique de fin (utilisé une seconde fois au cinéma après Les poupées russes) rappelle la mélancolie de tout ce qui a précédé. Ce premier film rigoureusement écrit, qui s’amuse de choses horribles et n’a pas honte de montrer du style, assure qu’il se passe quelque chose dans le cinéma flamand. S’il présente des faiblesses, elles sont liées à la nature un peu frivole de ce genre d’exercice. Mais il procure un plaisir devenu si rare qu’on aurait eu tort de s’en priver.

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