[CRITIQUE] LE RETOUR de Andrei Zviaguintsev

La vie de deux frères est soudainement bouleversée par la réapparition de leur père, dont ils ne se souvenaient qu’à travers une photographie vieille de dix ans. Est-il vraiment leur père ? Pourquoi est-il revenu après tant d’années ? Les enfants chercheront les réponses à leurs questions sur une île…

En surface, le premier film d’Andrei Zviaguintsev, Lion d’or au dernier festival de Venise, raconte les retrouvailles d’une famille avec un père, disparu. En profondeur, il enregistre la lente descente aux enfers de deux enfants qui vont être les témoins d’une tragédie fantasmée dans laquelle chacun rencontrera le père qui les a jadis abandonnés et qui revient (mais revient-il vraiment ?). Incidemment, le film semble rappeler au spectateur que les apparences sont parfois trompeuses, comme nous le suggère un récit elliptique et allusif qui ne révèle son intérêt qu’au gré des pérégrinations des trois personnages. Si le cinéaste a recours à des figures de style (de l’allégorie à l’hyperbole) et préfère les non-dits aux discours explicites, il met en valeur par l’intermédiaire d’artifices sobres et intelligents une histoire douloureuse, âpre.

En plus d’une narration élégamment épurée, la mise en scène fluide s’adapte magnifiquement au contexte naturel, en particulier celui de l’île dans la seconde partie. La beauté du lac et des forets confère une dimension exceptionnelle au drame en l’enrichissant et en l’agrémentant de références diverses. Le cadre de l’île contribue pour beaucoup à la puissance atmosphérique de l’ensemble. Accessoirement, il sert à révéler les pulsions secrètes de personnages impuissants et fâchés avec eux-mêmes. Le film fait appel à des sentiments viscéraux et privilégie la profondeur au superficiel. Ce vertige de l’âme où chacun peut s’y retrouver secoue les sens. À tel point qu’on peut s’y perdre et y puiser un peu de soi. Et ce long cri de colère de deux heures ne peut pas rester sans écho à la fin de la projection.

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