Cette série chorale en six épisodes de 52 minutes est disponible sur arte.tv, avant une diffusion sur la chaîne franco-allemande puis sur Netflix, son co-producteur. Surprise: c’est réussi.
Dans Le monde de demain, nouvelle série Arté qui atterrira bientôt sur Netflix, on suit donc les jeunes Kool Shen et JoeyStarr, alias Bruno Lopes (Anthony Bajon) et Didier Morville (Melvin Boomer), de leurs débuts dans le breakdance et le graffiti jusqu’à leurs premiers pas sur scène. Ainsi que les autres pionniers de l’époque, tels que le DJ Dee Nasty (Andranic Manet) et sa compagne Béatrice (Léo Chalié) ou encore la graffeuse et danseuse Lady V (Laïka Blanc-Francard). Et le (télé)spectateur lecteur de Chaos de prendre les jambes à son cou. Par pitié, restez.
Car, quand c’est bien, il faut le dire: Le monde de demain, qui laisse craindre le biopic amidonné façon Suprêmes (Audrey Estrougo, 2021), est réellement réussi. Au sens où l’on n’entre pas au musée Grévin et que la vie circule bel et bien derrière ce qui peut passer a priori pour de la reconstitution chromo pour jeunes-qui-n’auraient-pas-connu-ces-annees-là. Kool Shen, JoeyStarr et Dee Nasty ont veillé à ce que ça ne ressemble pas à un bidule didactique et sans âme, ont eu un droit de regard sur tous les épisodes, ont été présents sur le plateau, ont rencontré les acteurs et les ont coachés: à l’origine danseur de breakdance au sol, l’épatant Melvin Boomer, copie conforme d’un petit JoeyStarr, a par exemple passé des heures et des heures à s’entraîner à partir d’une petite vidéo du rappeur ado, lui danseur debout.
Comme dans The Voice? Oui, parfaitement. Et, comme on le sait bien, un bon coaching, ça ne suffit pas. L’atout, c’est simplement le parti-pris de celles et ceux aux commandes: Katell Quillévéré (réalisatrice de Réparer les vivants), Hélier Cisterne (Le Bureau des Légendes), Vincent Poymiro et David Elkaïm (En thérapie). Ils ont adopté la bonne façon de raconter, voire le meilleure: pas de psychologisme, pas d’intellectualisation (que de l’action, de la musique, du mouvement etc.), juste une retranscription très juste de ce que signifie vivre en banlieue dans les années 80 (la même lumière – celle de Tom Harari, le chef-op doué de Onoda – et le même ennui ado dans tous les salons d’alors), et, surtout, une célébration de l’art sous toutes ses formes. Un accès à la culture, mû par le désir et la curiosité, qui sauve vraiment de tout, même d’une vie à se flinguer, et des trajectoires tracées. Une époque où faire de la musique était une révolution, écouter la musique d’une radio libre était une porte ouverte permettant de fuir sa chambre de banlieue, et regarder l’émission de Patrick Duteil, dit Sidney, à la télévision, eh bien, ça donnait des vocations. Il y avait une croyance en l’art tout-puissant, qui transcende absolument tout et que la série met impeccablement en valeur (et en musique). C’est à découvrir ici. T.A.
QUAND LA MUSIQUE EST BONNE (ET TRÈS CHÈRE)Il semblerait que cette quête de fidélité dans la série se soit heurtée à de nombreuses difficultés, notamment aux réticences de certains artistes de l’époque. Si Bando, pionnier du graffiti issu des beaux quartiers parisiens, s’est montré coopératif, son confrère Mode 2, à l’origine des pochettes des premiers albums de NTM, n’a lui pas autorisé l’utilisation de ses graffs. La composition de la bande-originale a également entraîné de nombreux « deuils », notamment pour des questions de droits. « Il a fallu faire un tri » en respectant un budget contraint, explique Hélier Cisterne en entretien. La production a ainsi renoncé à Niagara mais s’est offert le titre Vitamine C, du groupe de rock expérimental allemand Can, pour un billet de 20.000 euros. Car cette chanson au solo de batterie quasiment permanent, sur lequel dansait le jeune JoeyStarr au Trocadero, raconte la transition méconnue entre le rock et le rap. |

QUAND LA MUSIQUE EST BONNE (ET TRÈS CHÈRE)