[CRITIQUE] LE MOINE de Dominik Moll

Remarqué avec Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemming, Dominik Moll s’est lancé un défi de taille avec Le Moine : adapter un classique de la littérature gothique signé Matthew Gregory Lewis, censuré et jugé blasphématoire en son temps, adulé par Sade, Hoffmann (une référence pour Les Elixirs du diable), les romantiques et les surréalistes. Du lourd, donc. Ce «poème du mal» semblait a priori idéal pour un cinéaste comme Luis Buñuel qui, et on le sait peu, s’est essayé à son adaptation avec Jean-Claude Carrière dans les années 70. Cela a même donné lieu à un film raté qu’il n’a hélas que scénarisé et dont il a confié la mise en images à un critique de cinéma (Ado Kyrou) – avec Franco Nero dans le rôle titre. Malgré cette volonté de changer de registre après avoir fait le tour des polars teintés de bizarrerie, Moll ne semble pas réellement à l’aise avec cet exercice mystico-fantastique qui nécessitait une démesure, pourquoi pas proche de Ken Russell dans les années 70 (Les diables). Un traitement différent est toujours intéressant parce qu’il traduit un point de vue, mais en l’occurrence, le réalisateur apparaît souvent hors-sujet, sans foi ni sacré.

Gommant la dimension sulfureuse pour rendre l’ensemble accessible à tous, Moll se rattache à ses propres références, notamment Hitchcock (Sueurs Froides, beaucoup) et semble stimulé par l’idée de guider le spectateur vers un twist comme dans un thriller à suspense, explicité par des flashbacks et des dialogues démonstratifs. Quid de la dimension tragique? A l’exception de quelques séquences oniriques qui instillent un trouble léger, il semble aussi phagocyté que le moine qu’il décrit, et on attendait tellement mieux de ce pacte avec le diable aux enjeux Faustiens. Même problème pour Vincent Cassel : l’acteur, ici en contre-emploi (ses personnages sont d’ordinaire plus physiques que passifs), feint la solennité mais ne parvient jamais à se départir d’une image sexuée et bestiale, manifeste dès les premières images. Comment peut-on croire au vice sans la vertu? Comment traduire la transgression sans chair? A l’arrivée, c’est du purmiscasting. Mais seul celui qui ne tente rien ne commet jamais d’erreurs.

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