Lætitia et Sophie partent en week-end en Bretagne, dans la ville natale de Lætitia, Quimper. Au fil de leur séjour rythmé par les crêpes, les balades sur la plage et les sorties nocturnes à la « Chaumière », réapparait la figure du Marin masqué, amour de jeunesse de Lætitia.
Vous avez succombé au charme girly trash de La vie au ranch? Réjouissez-vous : un moyen métrage donne des nouvelles de son auteur, Sophie Letourneur, et il sort en salles. En moins d’une heure, il relate en noir et blanc les pérégrinations de deux Parisiennes, à Quimper. L’une des deux est jouée par la réalisatrice (par ailleurs actrice géniale, flegmatique et pince-sans-rire, à la voix monocorde) : le moral en berne, elle accompagne son amie à la recherche d’un mystérieux «marin masqué», un breton qui sent la pluie, l’océan et les crêpes au citron. On comprend rapidement qu’il s’agit d’un amour de jeunesse, que cet aller sans retour pourrait bien être l’occasion de rattraper le temps perdu et les rendez-vous manqués, de vérifier si les fantasmes adolescents sont restés intacts. Ce film de vacances au souvenir brumeux, pimenté de pop estivale, est commenté par les deux héroïnes au gré d’une bande-son reconstituée en postsynchronisation, créant ainsi un décalage hilarant. Mais il y a mieux : si Le Marin Masqué passe à toute vitesse, il reste longtemps en tête. En apparence, c’est joyeux et fluide, trivial et franc, léger comme un diabolo menthe. En profondeur, c’est triste à en crever, renvoyant aux efforts de chacun pour fuir son passé – ou du moins faire semblant de. Du «spleen burlesque» donc, rappelant comme dans La vie au ranch que la mélancolie n’est pas qu’un poison : c’est avant tout le bonheur d’être triste.

