Dans le sud d’Israël, dans le désert de la Arava, un cinéaste relativement célèbre s’apprête à présenter son dernier film au public d’une petite commune isolée. Sur place, il rencontre la déléguée du Ministère de la Culture avec qui il devra composer pour espérer recevoir toute subvention publique. Il devine progressivement que cette dernière n’a pas forcément les idées arrêtées qu’elle est censée défendre d’un point de vue professionnel. Commencera alors un jeu sado-masochiste entre les certitudes apparentes de l’une et les traumas de l’autre…
C’est donc l’histoire d’un cinéaste engagé qui n’a pas de nom, mais une initiale, Y (Kafka, si tu nous lis), en quête d’un casting pour tourner un nouveau film aux accents Rohmeriens (ou non). Ahed étant le prénom de cette jeune Palestinienne de 16 ans (Ahed Tamini) condamnée à huit ans de prison pour avoir giflé un soldat israélien dans la vraie vie. Vite érigée en icône par la grâce instantanée des réseaux sociaux, la jeune fille avait énervé un député israélien, qui avait déclaré qu’il aurait fallu lui tirer dessus, au moins un petit bullet dans le genou, histoire qu’elle mette un peu d’eau dans son vin… Y, de son petit nom, a accepté en marge de ce nouveau long de venir présenter son film précédent dans le désert d’Arava, au sud d’Israël (3000 péons à tout casser) où il est accueilli par l’organisatrice de la projection événement. La dame est une hospitalière fonctionnaire du ministère de la Culture qui va s’assurer que le respecté cinéaste ne déborde pas du cadre dans sa présentation auprès du public. Soit, qu’il chante les louanges de la mère patrie, en signant une clause ébouriffante de démagogie qu’on appelait encore peu une censure.
C’est à ce moment que le personnage, double non dissimulé du cinéaste, part totalement en live et trouve une Forme encore Non Identifiée pour dire tout le mal qu’il pense de l’endoctrinement assassin qui prévaut dans le pays, quitte à se mettre toute l’honorable institution à dos. Mon tout donne du cinéma furibard, méchamment culotté, délicieusement mal-aimable, un peu à la façon dont Synonymes, le précédent Nadav Lapid, avait créé un espace-temps bizarre où le spectateur ne savait pas s’il devait quitter la salle ou applaudir l’audace démente du machin. Le film accumule les fausses pistes façon Abou Leila (Amin Sidi-Boumedine, 2019), instaure des situations de malaise, accueille en son sein des greffes musicales des plus étranges, présente la guerre comme un bizutage viriliste et forcément crétin façon grande école de commerce (grande scène du front qui rappelle la poétique de l’humiliation, façon Salo), et ne ménage pas son personnage principal, qui, pour faire valoir la vérité, doit enfiler le costume de gros fils de p***. Un bonbon dont on ne saurait vous conseiller de ne pas en lire plus: le film fout des gnons façon Synonymes, mais d’une manière peut-être encore plus subtile. Et dire que ça commence comme une romance colorée derrière la baie vitrée… Confirmation que le nouveau démineur du cinéma mondial s’appelle Nadav: Nadav Ladalle ou Nadav Larage, on vous laissera libre de prendre part à ce jeu de mots des plus douteux. G.R.
| NADAV LAPID CHAOS MINUIT Le réalisateur de L’institutrice, Synonymes et Le Genou d’Ahed a répondu à notre questionnaire cinéphile. Cliquez ici pour voir ses réponses. |


