« Le garçon et le héron » de Hayao Miyazaki: une somme de toute l’œuvre du maître de l’animation

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Depuis le temps que Hayao Miyazaki annonce à la fin de chacun de ses films que c’était le dernier, on a fini par comprendre le message. Ça ne veut pas dire qu’il n’en fera plus, mais qu’il les réalise chacun comme si c’était le dernier, avec ce que ça implique d’exigence et d’engagement. Il s’est donc surpassé à de multiples reprises, et Le garçon et le héron n’est que le plus récent en date de ses derniers longs métrages. S’il n’atteint pas un nouveau sommet, il rassemble suffisamment d’éléments familiers pour représenter une somme de toute l’œuvre miyazakienne. Il est aussi son film le plus autobiographique.

Le début rappelle celui de Le vent se lève: une ville brûle pendant la guerre. Cette fois, le héros est un jeune garçon, Mahito. Réveillé en pleine nuit par les sirènes et une pluie de cendres, il traverse la ville pour se rendre à l’hôpital en feu où travaille sa mère, avant d’être arrêté par une vision: sa mère, entourée de flammes, devient elle-même flamboyante. Quelque temps plus tard, Mahito est envoyé à la campagne où réside la nouvelle épouse de son père (la sœur de la disparue).

L’exposition prend son temps pour nous faire découvrir la difficile adaptation du jeune garçon à son nouvel environnement. Très distant vis-à-vis de sa belle-mère enceinte, il ne supporte pas sa nouvelle école, et pour éviter le harcèlement dont il est l’objet, il se blesse volontairement. Pendant sa convalescence, il est approché par un héron intrusif qui le met sur la piste d’un monde parallèle dont la porte se trouve dans une bâtisse abandonnée. Là encore, on est en terre inédite, mais familière. Le jeune personnage, partiellement inspiré de la propre jeunesse de Miyazaki, fait l’apprentissage du deuil, cherche de nouveaux repères et se met en quête de lui-même. Il va trouver des pistes dans cet univers alternatif qui rappelle les multiples possibilités évoquées dans Le voyage de Chihiro, Le château ambulant, et jusqu’à Mon voisin Totoro. Pour compenser l’absence de la mère, Mahito croise successivement deux femmes pour le guider dans ses épreuves. Il se trouve aussi confronté à la question de la transmission, à l’occasion de sa rencontre avec un vague ancêtre, démiurge architecte qui, sentant le moment arriver, cherche un héritier pour lui léguer son pouvoir.

Après dix ans d’absence (Le vent se lève est sorti en 2013), on avait presque oublié l’étendue de l’apport de Miyazaki à l’art de l’animation, et ce film remet les pendules à l’heure. Le moindre détail prend une dimension magique sous la direction du génie de Ghibli. Il a encore étendu sa gamme d’outils pour représenter avec encore plus d’intensité des choses aussi variées que la gravité d’une valise pesante, l’eau qui miroite, ondule ou éclabousse, le vent dans les voiles ou le drapé des rideaux. Mais il est aussi capable de passer en un rien de temps du naturalisme au fantastique sans oublier le grotesque, comme lorsqu’il représente un groupe de vielles servantes malicieuses ou transforme le héron en troll humanoïde. Quant à la narration, elle donne encore l’impression qu’il navigue à vue et improvise à mesure que l’histoire avance, d’où les libertés qu’il prend avec le rythme pour s’attarder sur des détails. En d’autres occasions, il est obligé de faire des transitions acrobatiques pour récupérer le fil de l’intrigue à la suite d’excursions hardies dans des contrées fantastiques où tout est possible, son imagination ne connaissant pas de limites.

Le résultat procure un plaisir exaltant et rare, rempli d’émotions esthétiques sans équivalent. Si ce film était le dernier de Miyazaki, il ferait un très beau bouquet final, à la fois synthèse, achèvement et ouverture. G.D.

1 novembre 2023 en salle / 2h 03min / Animation, Drame, Aventure
De Hayao Miyazaki
Par Hayao Miyazaki
Avec Gavril Dartevelle, Soma Santoki, Juliette Allain
Titre original Kimi-tachi wa Dō Ikiru ka

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