[CRITIQUE] LE DERNIER ROI D’ECOSSE de Kevin Macdonald

Jeune médecin écossais tout juste diplômé, Nicholas Garrigan débarque en Ouganda en quête d’aventure et décidé à venir en aide à la population. Peu après son arrivée, il est appelé sur les lieux d’un accident : le nouveau leader du pays, Idi Amin Dada, a percuté une vache avec sa Maserati. La façon dont Garrigan maîtrise la situation, son calme et sa franchise surprennent Amin Dada. Fasciné par l’Histoire et la culture écossaise, il trouve le jeune homme sympathique et lui propose de devenir son médecin personnel.

Les premières images du Dernier roi d’Ecosse, bloc de cinéma aux allures de grosse moissonneuse à Oscars, laissent craindre la fiction académique overdosée de clichés où édification pédago rime avec didactisme poids lourd. Miracle : il n’en est rien. Loin de se contenter de dresser un édifiant constat politique et sociale, le réalisateur Kevin MacDonald, qui avait moyennement convaincu avec La mort suspendue et le documentaire Un jour en septembre, prend des détours surprenants et articule sa narration autour de deux personnages que tout oppose : un chef d’Etat redoutable (Forest Whitaker, juste extraordinaire) et un jeune médecin écossais naïf (James McAvoy). Cette confrontation est nécessaire pour cerner au mieux l’identité morcelée d’un personnage authentique (Idi Amin Dada, considéré comme l’un des dictateurs les plus effrayants du siècle dernier avec Hitler, Staline et Mao). Entre eux, une relation exclusive va naître, muant ce qui ressemblait à une amitié passagère en quasi-histoire d’amour aux impulsions graduelles, au romantisme larvé. Peut-être bien aussi une idylle platonique entre un papa de substitution et un fiston autodidacte, fascinés par leurs différences mutuelles.

La construction très classique de ce thriller à la Fritz Lang ne dément jamais une volonté inattendue d’éclairer des zones obscures. La thématique souterraine qu’on ne découvre qu’en grattant le vernis des apparences (le secret sur le point d’émerger, l’aveuglement égoïste et cossu de la réalité par le trop-plein d’argent, le sacrifice et l’héroïsme anonymes des Noirs qui essayent de sauver un jeune Blanc non pas par élan de générosité mais pour sauver un peuple condamné et laissé à l’abandon des barbares de guerre) est ce que ce film contient de plus beau. Sans pompiérisme, la désinvolture politique du pays est mise en parallèle avec celle du jeune médecin hédoniste qui se trouve progressivement pris en otage affectif. Certes, l’ensemble n’est pas avare en défauts. Il n’empêche, Le dernier roi d’Ecosse, objet curieux et intense, peut sans honte prétendre appartenir à cette lignée de grands films tels que The crying game (Neil Jordan), Furyo (Nagisa Oshima) et Le baiser de la femme araignée (Hector Babenco) où, également, une passion impossible, liant deux hommes prisonniers au propre comme au figuré, sert à refléter le bouillonnement politique d’un pays en crise.

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