[CRITIQUE] LE CONCILE DE PIERRE de Guillaume Nicloux

Laura Siprien se demande si elle n’est pas en train de perdre la raison. Cauchemars et hallucinations la plongent depuis quelques semaines dans une angoisse incontrôlable. Qui est vraiment son fils Liu-San ? D’ou vient-il ? Que signifie l’étrange marque apparue sur son torse ? Quelques jours avant son septième anniversaire, l’enfant est enlevé. Persuadée de savoir où il a été emmené, Laura se jette à corps perdu dans un périple aux confins de l’étrange et du fantastique.

Après Les rivières pourpres et L’empire des loups, Le concile de pierre est la troisième adaptation d’un roman de Jean-Christophe Grangé au cinéma. De quoi avoir très peur : si les délires de l’écrivain surestimé peuvent fonctionner à l’écrit, il n’en est pas toujours le cas à l’écran (Kassovitz avait même filmé une avalanche tape-à-l’œil pour faire passer la pilule du dénouement des Rivières pourpres). Est-ce l’absence de l’écrivain à l’écriture du scénario cette fois-ci mais Le concile de Pierre, objet impur qui trahit Grangé en même temps qu’il le respecte, fonctionne mieux que les précédentes tentatives susmentionnées. La vraie raison ? Guillaume Nicloux, réalisateur doué pour instaurer des ambiances poisseuses et curieusement ouatées qui reflètent les états d’âme maussades des personnages (atmosphère polardeuse entre Melville et Polanski dans Une affaire privée ; précipité lynchien pour Cette femme-là), qui livre pendant une bonne heure un objet racé et exquis et profite au passage pour remettre sur le tapis ses figures de style obsessionnelles (cameos à foison, confusion mentale entre le rêve et la réalité, bande-son sournoise d’Eric Demarsan).

Pour la première fois, le réalisateur du Poulpe s’essaye à un thriller fantastique populaire et fractionne son récit en deux parties : la première, intimiste, qui pose brillamment les bases du récit ; et la seconde, plus orientée vers le surnaturel et l’action, qui privilégie le spectaculaire. Beaucoup du bien du Concile de pierreréside par conséquent dans son atmosphère torve, soulignée par la belle photo de Peter Suschitzky, chef-op de David Cronenberg. Nicloux a eu l’intelligence d’accentuer la vulnérabilité du personnage principal et d’éluder tous les éléments inutiles du (mauvais) roman pour ne conserver que la texture du récit et l’angoisse sourde d’un cauchemar éveillé. Hélas, passée une longue première partie fulgurante où le cinéaste emmène le spectateur dans une dimension étrange et familière, saisissante et captivante, il se trouve contraint par la suite de relire son script, de coller aux obligations de l’exercice d’adaptation et donc de recopier les événements invraisemblables qui découlent du puzzle chamanique, alambiqué et artificiel, signé Grangé. On est parfois au bord du Grand Guignol (jeu outré de Catherine Deneuve, Elsa Zylberstein pas crédible une seconde, confrontation avec un bestiaire hallucinatoire), mais le talent formel de Nicloux et la bizarrerie discrète de sa mécanique sauvent des situations impossibles. Seule, téméraire, dépressive et dépassée par les événements, blème et imperturbable, Monica Bellucci, comme naguère Lhermitte dans Une affaire privée et Balasko dans Cette femme-là, révèle une palette émotionnelle insoupçonnée. Par ailleurs, elle continue, avec Nicloux, à instiller du mystère dans un film qui en a beaucoup perdu en route. Beau combat.

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