[CRITIQUE] LE BGG – LE BON GROS GEANT de Steven Spielberg

Les malheurs de Soso. Au beau milieu d’une nuit d’insomnie, Sophie, petite orpheline toujours plongée dans les livres, voit ce qu’elle n’aurait jamais dû : un géant de 7 mètres de haut aux oreilles démesurées parcourt les rues de Londres pour souffler de beaux rêves dans les chambres des enfants.

Comme un géant. Avouons-le, il y a quelques passages rigolos dans ce premier Disney signé Spielberg qui, non, n’a pas en-chan-té les Festivaliers au dernier Cannes et qui, non, ne cartonne pas des masses au box-office américain. Et si ces passages sont rigolos, c’est tout simplement parce qu’ils appellent au mauvais esprit, au mauvais goût, au too much chaos. Une laideur dégoulinant de partout, du mauvais goût assumé comme lorsque Tim Burton se fourvoyait dans son adaptation de Charlie et la chocolaterie, tout en enterrant la poésie de son style. A travers cette laideur, Steven Spielberg a de toute évidence eu envie de jouer au mauvais garnement. Et tel l’esprit d’un jeune réal, a eu envie de remonter dans le temps, de renouer, 34 ans après, avec le souffle d’E.T., l’extraterrestre gentil pour marquer une nouvelle génération. Vu les éclats de marmots dans la salle, il y a fort à parier que sur les très très jeunes, ce genre de divertissement marche puisqu’il ne fonctionne qu’à coup de gags hénaurmes.
Plutôt fidèle au roman de Roald Dahl, Le BGG emmène donc la jeune Sophie au Pays des Géants, un monde merveilleux sur lequel règne malheureusement une colonie de titans mangeurs d’enfants, tous aussi bêtes que méchants. Tous, sauf un : le Bon Gros Géant, interprété par Mark Rylance, unique végétarien parmi ces monstres. Tellement bon qu’il préfère ingurgiter d’immondes salades de schnokombres, sortes de courgettes gluantes dégénérées, plutôt que de toucher un cheveu d’un être humain. Il sauve la vie de Sophie, qui rendra la pareille à son ami plus tard, le débarrassant des géants malfaisants. Quand on vous parle de mauvais goût, c’est quasi John Waters lors de la meilleure scène du film, la plus chaos dirons-nous, impliquant la reine d’Angleterre. Les scènes, franchement tordantes, à Buckingham Palace surviennent comme ça, sans prévenir, et ça fait du bien.
Après, Spielberg reste Spielberg. Pas question de froisser. Alors, oui, les parents applaudiront la morale bienveillante du film – on a souvent besoin d’un plus petit que soi, il faut accepter les différences -, peut-être moins la bonne idée de Sophie, qui, pour rejoindre le pays des Géants, entreprend de se jeter dans le vide par la fenêtre de sa chambre *Yolo*. Subsiste le cas Spielberg, capable de tout faire, de tout raconter, de tout «giganter», père de plusieurs des plus gros blockbusters de l’histoire du cinéma, des Dents de la Mer à Jurassic Park. Changeant complètement de registre après Le Pont des espions (2015), son film d’espionnage pendant la Guerre Froide, Steven Spielberg impose sa liberté de créer à Hollywood et c’est l’un des derniers géants. Mais il n’est pas non plus exclu que les jeunes filles aspirent à autre chose que vivre dans un univers stérile aux couleurs fluo fusionnant Jackass et The Hobbit. Dans ces moments les moins inspirés, et ils sont nombreux, Le BGG rappelle que Spielberg a aussi commis de mauvais films pour enfants comme l’affreux Hook(1991) et que sa conception de divertissement familial au beurre de cacahuètes, si elle faisait florès il y a 20 ans, n’en reste pas moins obsolète tendance gaga. On a beau se dire qu’on est en 2016, on n’est pas loin de la pub Werther’s Original.

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Date de sortie :20 juillet 2016 (1h57min) Réalisateur : Steven Spielberg Avec : Dany Boon, Ruby Barnhill, Penelope Wilton Famille, Aventure , Fantastique[CRITIQUE] LE BGG – LE BON GROS GEANT de Steven Spielberg
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