[CRITIQUE] L’ANNULAIRE de Diane Bertrand

A la suite d’un léger accident de travail, Iris quitte son usine et trouve un emploi d’assistante dans un laboratoire aux activités étranges. Sans vraiment comprendre ce qui se joue sous ses yeux, elle s’engage peu à peu dans une troublante relation amoureuse avec son mystérieux employeur. Deux corps qui se chevauchent, qui se caressent, se donnent du plaisir. Le sexe dans ce qu’il a de plus sain et de plus simple. Diane Bertrand filme l’acte amoureux avec sensibilité, sensualité et poésie sans tomber dans l’artificiel ni le graveleux. C’est l’une des nombreuses bonnes raisons qui rendent ce film, adaptation d’un roman de Yoko Ogawa, assez extraordinaire. D’autant plus extraordinaire qu’il n’est construit qu’avec des éléments très ordinaires (un laboratoire, des escaliers, une chambre). La cinéaste les exploite pour faire bifurquer son récit vers des zones plus sombres et inavouables. Celles des fantasmes et des pulsions interdites, du fétichisme et de la frustration, de l’imaginaire et de l’angoisse. Un film qui respire le chaud comme le froid, où le romantisme le plus mystérieux le dispute à l’érotisme le plus torride.
L’annulaire autopsie avec sa mise en scène subtilement discrète, la déambulation hypnotique, le vertige sensuel, l’inquiétude intérieure qui conduisent tous dans le même labyrinthe de la passion amoureuse. En adoptant le point de vue de son héroïne (Olga Kurylenko) qui, à l’aune de tous les personnages, n’est guère exempte d’ambiguïtés, le film s’enfonce dans le méandre subtil d’un jeu de pistes rationnel jusqu’à l’absurde, dans lequel le fantastique s’insinue dangereusement. En creux, le récit parle de l’alchimie d’une rencontre, du risque de s’abandonner au regard de l’autre et des dangers de se rencontrer. L’imprévu faisant ainsi le sel de la vie.
Mais c’est surtout un grand film silencieux qui choisit courageusement de se taire, ce qui fait un bien fou dans le bavardage cinématographique ambiant. Hédoniste et orgasmique aussi, avec des tentations abstraites, mais solidement rivé au plancher des vaches. Quelque part entre la méta et le physique, le sexe et le sacré. La mise en scène est sensible aux corps, aux couleurs, aux gestes et aux regards pour multiplier les contrepoints ; le récit rivalise de trouvailles qui ne figurent pas dans le roman original (le marin fassbinderien, le croisement de pays, autrement plus convaincant que dans le niais Mon ange) et de références aux contes (Barbe Bleue, Le Petit Poucet, Hansel et Gretel…) ; et le spectateur jubile devant ce poème sombre et pénétrant d’une grâce et d’une beauté confondantes.

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