Alors qu’il loue une chambre chez une vieille dame, le docteur Goldthwait Higginson Dorr III profite de son hospitalité pour accomplir le casse du siècle dans sa cave, en compagnie d’un gang de choc : un spécialiste en explosifs, un perceur de tunnel, un gros bras et un complice infiltré qui risque d’être découvert.
Présenté au dernier Festival de Cannes dans une sélection officielle marquée par la noirceur, Ladykillers, remake homonyme d’une comédie charmante des années 50, faisait alors office de glace à la crème. C’est sans nul doute un petit film qui ne prétend pas rivaliser avec les plus grandes œuvres des frères Coen telles que Barton Fink ou Miller’s Crossing (probablement les deux meilleurs opus du duo). Qu’importe : il procure beaucoup de plaisir.
L’histoire est éminemment classique : une bande de pieds nickelés ourdit un plan pour cambrioler une banque en profitant de la naïveté d’une vieille dame. Le problème, c’est que les personnages sont tellement idiots, maladroits et incapables de coopérer que tout se retourne contre eux. Le problème (bis), c’est que la vieille dame en question a encore toute sa tête et qu’elle va constituer un obstacle de taille.
Des films récents comme Bienvenue à Collinwood ou Escrocs mais pas trop ! nous ont montrés que la recette du cambriolage par des tocards pouvait encore faire florès. A sujet classique, traitement classique. D’aucuns regretteront cette frivolité limite consensuelle (certains parlent de fainéantise) ; d’autres s’en contenteront et succomberont sans problème aux vieilles ficelles (des situations drolatiques souvent réussies) et autres nombreux slapsticks (le cadavre balancé du haut d’un pont). A bien des égards, on est plus proche de l’humour de O’Brother (sympathique relecture de L’Iliade) que de la folie de The big Lebowski (formidable récit d’un glandeur ordinaire). Il y a aussi et surtout cette sensation de familiarité qui crée une connivence acquise avec le spectateur. Voir ce film donne l’impression d’être confortablement installé dans son canapé : la Coen’s touch s’apparente à un univers codifié (mise en scène élégante, chansons rétros…) qu’on retrouve toujours avec un plaisir identique. On connaît la chanson mais on ne s’en lasse pas.
Le scénario fonctionne de la même façon, privilégiant l’efficacité des recettes éprouvées aux tentatives plus originales : la première partie aligne des situations savoureuses tandis que la seconde cherche une folie légère, pas excessive non plus, qui flirte avec le macabre et l’amoral. Tom Hanks écope d’un rôle désinvolte dans lequel il scintille : celui du dandy obséquieux qui cache ses noirs desseins sous une érudition ostentatoire. Entouré d’une bande de joyeux drilles aux caractères bien trempés, ce personnage farfelu essaye de ne pas éveiller les soupçons d’une vieille dame atrabilaire et méfiante (bien plus méchante que dans l’original). L’excellente interprétation de l’acteur (enfin dans un registre comique et léger) est probablement le noyau électrique de cette comédie distinguée et euphorisante qui fait du bien aux maxillaires et détend la pupille. Vu l’indigence des films à l’affiche en ce moment, c’est déjà beaucoup…

