[CRITIQUE] LA VILLA de Robert Guédiguian

A la place du cœur. Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

Et si c’était le meilleur film de Robert Guédiguian? 4 étoiles. Oui, vous avez bien lu. 4 étoiles chaos pour le 20e Guédiguian! Et ça n’a rien d’une blague, d’un quelconque contre-pied ou d’un pseudo-calcul de mauvais tigre de papier. Juste que lorsque c’est bien (comme lorsque ça ne l’est pas), il faut le dire. Ainsi, à l’instar de Marius et Jeannette, qui se jouait dans une petite cour de L’Estaque, Guédiguian renoue ici avec le huis clos sous l’influence du théâtre de Tchekhov (son maître). Et il atteint, sans crier gare, un sommet dans sa filmo. Pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, la lumière hivernale d’une petite calanque de la Côte bleue vide, débarrassée des touristes et des cabanoniers. Sous un soleil d’hiver. On y entend le clapotis de l’eau, le vent dans les pins et les personnages s’exprimer comme dans un dernier souffle. Comme quelque chose qui serait en fin de vie.
Ensuite, pour la mélancolie de la troupe des fidèles de Guédiguian que son auteur ne nous avait peut-être jamais aussi joliment communiquée. Celle d’une fratrie déchirée par les années et les malentendus (Ariane Ascaride incarne une actrice parisienne retrouvant ses deux frères, joués par Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin, et leur père, victime d’une attaque, est réduit au silence au creux de son fauteuil). Ces deux frères et cette sœur reviennent sur le lieu de leurs origines, à l’endroit où tout a commencé pour eux; le temps a passé, le monde a changé. Jusqu’ici, ils voyaient petit; soudain, ils voient grand.
Enfin, pour la manière dont la vie finit par ranimer ce groupe éteint. Et dont ce réel submerge ce lieu cristallisant tous les maux du monde. Par cette arrivée de réfugiés rejetés par la mer, le film s’ouvre soudain, redonne du baume au cœur, remue avec une infinie tendresse et une incroyable douceur la fidèle équipe de Guédiguian tout comme le spectateur. Pas de morale, ni de discours prémâché. Juste de l’humain, de la transmission, de l’altruisme, de la noblesse. Avec les moyens qu’on a, à son niveau. Le jour se lève, le jour s’éteint, le jour se re-lève. C’est du chaos en apparence à petite échelle, en réalité à grande vibration. Ne vous fiez pas à vos a priori et risquez la découverte de ce film simple, beau et émouvant.

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Date de sortie 29 novembre 2017 (1h 47min) / De Robert Guédiguian / Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan / Genre Drame / Nationalité Français /[CRITIQUE] LA VILLA de Robert Guédiguian
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