Octobre 1981.Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest. Soit la genèse des aventures de nos deux laveurs de carreaux de La Tour Montparnasse Infernale. Soit Star Wars made in France.
Du temps a passé depuis La Tour Montparnasse Infernale (2000), dans lequel Eric et Ramzy, transfuges cathodiques, s’essayaient pour la première fois au cinéma, en duo, pour le plus grand plaisir de leurs fans et un peu moins de ceux hermétiques à leur humour. Résultat: des centaines de milliers de spectateurs heureux de rire aux pitreries de nos néo-Charlots. Preuve que le mauvais goût était aussi partageable que le bon. A noter que le film était réalisé par Charles Nemes et qu’à part de l’illustration basique, il ne proposait rien de plus.
Depuis, Eric et Ramzy ont pris quelques risques ensemble (le génial Steak de Quentin Dupieux) ou séparément (Eric continuant de jouer sur les terres absurdes de Dupieux dans Wrong Cops par exemple). Eric qui, au passage, a appris à se faire la main en réalisant la première saison de son hilarante série Platane. C’est fort de toutes ces expériences qu’Eric et Ramzy se retrouvent – on les sait incapables de se séparer depuis Seuls Two. Et ils reviennent pour jouer comme des enfants de trois ans dans une immense cour de récréation.
Question: pourquoi le spectateur rit comme une baleine devant cette irrésistible Tour 2 Contrôle Infernale? La réponse est simple, elle tient dans une différence majeure : les personnages secondaires sont à hurler de rire, séduisant ceux-là même que les pitreries du duo ne font pas rire. Ainsi, alors que Eric/Ernest et Bachir/Ramzy font les dumb and dumber jusqu’à l’épuisement (avec, à la clé, un hilarante imitation du bonhomme collant grandeur nature), ceux qui gravitent autour d’eux comme des planètes déglinguées apportent une autre forme d’humour que du gogol en barre, ayant aussi le temps de l’imposer et d’enrichir le film pour qu’il évite, parfois de justesse, les baisses de régime: Marina Foïs, déjà second couteau dans La Tour Montparnasse Infernale, mitraille sec en conseillère du ministre enceinte méprisée par ses collègues; Philippe Katerine vole carrément la vedette en méchant super-méchant; Serge Riaboukine imite super bien la femme du méchant super-méchant au téléphone; Grégoire Oestermann est fabuleux en avatar de Jack Lang…
Eric et Ramzy sont super bien entourés et tout ce petit monde dans ce grand collège fou-fou-fou fait en sorte que le spectateur rit aux éclats. D’autant que, sans en savoir l’air, le duo se moque ouvertement des conventions du film d’action mais aussi de tous les archétypes et, à travers ce dynamitage, fustige les préjugés sexistes comme xénophobes dans une France de la fin des années 70, alors en pleine mutation, à l’aube des années Mitterrandiennes. En ces temps sombres, c’est un défouloir ravissant.

