« La syndicaliste » avec Isabelle Huppert: une nouvelle Zazaxploitation assez étrange à la lisière du thriller et du film-dossier

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Retour en 2012, au moment où le fraîchement élu François Hollande doit en finir avec les barbouzeries des années Sarko. Au rayon des (potentiels) scandales d’Etat bien moins médiatisés que les frasques d’un humoriste cocaïné, une affaire éclabousse alors le nucléaire français. C’est l’histoire de Maureen Kearney, représentante CFDT chez Areva, un tempérament bien trempé farouchement opposé à un accord confidentiel entre Areva, EDF et l’opérateur nucléaire chinois CGNPC permettant des transferts de technologie en vue du développement d’un nouveau réacteur chinois. Un accord périlleux qui mettrait en péril le maintien de l’emploi sur le territoire français, ainsi que l’indépendance énergétique de la Gaule (on en pèse les conséquences aujourd’hui).

N’hésitant pas à taper là où ça fait mal (c’est-à-dire sur Luc Oursel, solidement campé par Yvan Attal, l’homme choisi par le clan Sarkozy pour succéder à Anne Lauvergeon à la tête d’Areva), Maureen ne recule devant rien, pas même ces mystérieux coups de fil d’intimidation reçus la nuit à son domicile. Jusqu’à ce jour de décembre 2012, où la syndicaliste est retrouvée ligotée à son domicile, victime d’un viol « au manche de couteau » et avec la lettre A en capitale scarifiée sur le ventre. Le plus édifiant arrive maintenant : personne n’a vraiment envie de prendre son témoignage au sérieux, et l’équipe de la gendarmerie scientifique en charge de l’enquête semble bien plus décidée à la faire passer pour une folle à tendance mythomane qu’à réellement remonter la piste des authentiques malfrats, possiblement commandités par les plus hautes sphères de l’Etat. On avait de fait plutôt intérêt à penser que la dame avait tout inventé plutôt qu’à se salir les mains: si l’affaire avait surgi dans un contexte post me-too, la procédure en serait peut-être allée autrement…

Ne vous attendez pas à d’explosives scènes de climax ou d’intenses scènes de plaidoirie : le film de Jean-Paul Salomé déploie son propre rythme, celui d’un thriller Affaires sensibles qui se transforme en cours de route en subtil portrait de femme que toutes les forces en présence cherchent à faire renoncer. La zazasploitation fonctionne ici à plein (et vous savez que nous ne sommes pas toujours de fervents adeptes de l’abus de Zaza ici ou là): et si c’était son meilleur rôle depuis Elle? Adapté du livre-enquête de la journaliste de L’Obs Caroline Michel-Aguirre, le film agite en tout cas le milieu politique, puisque La France Insoumise plaide pour l’ouverture imminente d’une commission d’enquête parlementaire sur cette affaire que «l’on peut pressentir comme un scandale d’état». Affaire à suivre… G.R.

1 mars 2023 en salle / 2h 01min / Thriller, Drame
De Jean-Paul Salomé
Par Caroline Michel-Aguirre, Fadette Drouard
Avec Isabelle Huppert, Grégory Gadebois, François-Xavier Demaison

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