« La morsure » de Romain Saint-Blanquat: beau film fantastique d’époque et de nuit magique

Difficile de postuler à l’originalité sur le créneau bien encombré du jeune cinéma de genre français. Mais Romain de Saint-Blanquat a bien attisé notre curiosité avec ce film fantastique. Une réussite. Nous sommes en 1967, pendant le Mardi gras. Françoise, 17 ans, jouée par Léonie Dahan-Lamort (qu’on a vue chez Sébastien Betbeder notamment) est pensionnaire d’un lycée catholique pour filles qu’on croirait sortie de chez Clouzot et qu’on imagine sans mal dans la Loire. Persuadée qu’il ne lui reste qu’une seule nuit avant sa mort, elle fait le mur avec son amie Delphine (Lilith Grasmug) pour se rendre à une fête costumée et pouvoir vivre cette soirée comme la dernière. Ne les délivrez surtout pas du mal!

Premier constat qui joue plutôt en faveur du film: malgré des premières secondes épileptiques, La Morsure ne s’amène pas ici avec la confortable étiquette du film d’horreur récitant sagement son Argento ou son Romero époque Martin; le film ayant la belle idée de partir du récit d’adolescence pour sonder la nuit et aller à la rencontre de quelques motifs horrifiques disséminés ici et là autour de quelques lieux savamment ramassés (l’internat donc, le petit troquet du coin, une voiture où l’actrice Lilith Grasmug se remémore aux « bons » souvenirs d’Oranges sanguines puisqu’elle y croise la route du fou furieux Fred Blin (!), un manoir festif et une forêt). Motifs qui ne sont d’ailleurs pas toujours nichés là où on les croit: une rencontre avec un blouson noir très insistant (très loin des considérations #metoo) devient beaucoup plus flippante que celle avec un authentique vampire proprement délicieux, en mal de considération alors que cette super teuf a lieu dans son antre.

Le film aurait pu aligner les standards de l’année 1967 (Mireille Mathieu et Sheila, on vous voit) mais préfère plutôt bifurquer vers des morceaux méconnus de garage rock, freakbeat et northern soul (méconnus sauf par Serge Bozon, bien sûr), La Morsure ayant toujours un pied dans un univers familier et un autre dans un monde méconnu ouvert à la surprise… Ne serait-ce pas une belle définition de la nuit, ça!? En dépit de quelques éléments un peu appuyés – 1967 précède mai 1968 pour les distraits et les nuls en maths qui ne l’auraient pas remarqué – La Morsure est fait d’un joli premier degré assez audacieux pour un réalisateur émergent, jadis passé par les cases « accessoiriste » et « décorateur ». Du cinéma de croyant qui nous donne très envie de voir la suite. G.R.

15 mai 2024 en salle | 1h 27min | Drame
De Romain de Saint-Blanquat | Par Romain de Saint-Blanquat
Avec Léonie Dahan-Lamort, Lilith Grasmug, Fred Blin

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