[CRITIQUE] LA FILLE DE NULLE PART de Jean-Claude Brisseau

Michel (Jean-Claude Brisseau), professeur de mathématiques à la retraite, vit seul depuis la mort de sa femme et occupe ses journées à l’écriture d’un essai sur les croyances qui façonnent la vie quotidienne. Un jour, il recueille Dora (Virginie Legeay), une jeune femme sans domicile fixe, qu’il trouve blessée sur le pas de sa porte et l’héberge le temps de son rétablissement. Sa présence ramène un peu de fraîcheur dans la vie de Michel, mais peu à peu, l’appartement devient le théâtre de phénomènes mystérieux.

Lors de son procès en 2005, Jean-Claude Brisseau, accusé d’avoir manipulé deux actrices lors du casting de Choses Secrètes, se défendait en confessant vouloir faire un film sur le rapport entre le plaisir et l’interdit et filmer la montée du désir comme Hitchcock le faisait avec la peur. L’anecdote est bonne à savoir avant de visionner La fille de nulle part. Après avoir exploré les arcanes du désir féminin (Les anges exterminateurs, A l’aventure), Jean-Claude Brisseau revient en force avec ce beau home movie qui pourrait bien être ce qu’il a réalisé de mieux depuis Choses Secrètes (2002).

Deux choses. Déjà, ironiquement, l’érotisme est évacué dès la première rencontre entre Brisseau et la jeune SDF (Virginie Legeay) qu’il recueille chez lui – un sein exhibé, un refus poli de Brisseau et on n’en parlera plus. Ensuite, Brisseau joue dedans, et ce n’est évidemment pas un hasard : ce mathématicien paranoïaque et fermé à la vie, esprit cartésien confronté à l’irrationnel, a beau être fictif, il pourrait bien lui ressembler comme deux gouttes d’eau. D’autant que la volonté d’expier un traumatisme, la peur du regard des autres sont autant de sujets qui l’obsèdent. Mais La fille de nulle part n’a rien d’un film rabougri, c’est un film de fantômes avec des anges et des démons où l’imaginaire, l’effroi comme le merveilleux réveillent et réparent un personnage dormant les yeux ouverts.

Pour croire à ce cheminement des ténèbres à la lumière jusqu’à l’illumination finale, il faut croire Brisseau. Il faut avoir la foi, comme lui ou comme Apichatpong Weerasethakul (le réalisateur thaïlandais Palmé d’or au Festival de Cannes avec le miraculeux Oncle Boonmee – celui qui se souvient de ses vies antérieures) qui lui a remis un Léopard d’or au Festival de Locarno l’année dernière. Il faut écouter Brisseau psalmodier des dialogues ésotériques. Et il faut enfin – parce que le film sait être drôle aussi – le voir se disputer avec les fantômes. Au fond, peu importe qu’il ait été réalisé avec rien (la foi, encore, toujours), ce film existe. Envers et contre tous.

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